Autonomie régionale et ... anti-libéralisme
Par JF Lugué le lundi 26 février 2007, 22:40 - Lien permanent
L'autonomie des régions est elle compatible avec l'anti-libéralisme?
Un bon pote qui milite pour une
candidature de José Bové aux présidentielles, m'a proposé d'écrire un billet
pour un blog militant en L.A. Bien que sensible aux sujets abordés par José
Bové (que j'apprécie bien d'ailleurs) et notamment la cause des paysans du
tiers monde écrasés par notre système économique, j'ai parfois du mal à être en
phase avec certains mouvements alter-mondialistes dont le "souverainisme" de
gauche m'agace profondément. J'en ai donc profité pour éclaircir ma
pensée sur ce thème.
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S’il y a bien un sujet qui ne s’impose pas dans la réflexion de la gauche en France (y compris chez les alter-mondialistes), c’est bien la question régionale… On peut même dire que l’anti-régionalisme est l’un des socles idéologiques d’une certaine identité de gauche.
Beaucoup de militants sont convaincus que l’autonomie politique régionale est synonyme de privatisation et de danger « communautariste ». Rien de bien surprenant, ni de nouveau à cela : nos intellectuels (bien souvent « montés à Paris » et devenus parisiens) sont formatés depuis quelques siècles pour nous reformuler une vision mythique de la France : « une et indivisible » … et centralisée.
Pourtant autour de nous, tous nos plus proches voisins ou presque (Italie, Espagne, Royaume unis, Allemagne) ont adopté une régionalisation à faire hurler plus d’un jacobin français qui s’imaginerait se trouver dans une même situation en France. Ces Pays ont-ils pour autant bradés tous leurs services publics et exacerbés les « conflits ethniques » sur leurs territoires ? Pas sûr, même s’il est de bon ton dans certains cercles républicains de fustiger les « dérives sectaires » en Catalogne ou au Pays basque sud. Nos ultra-républicains s’inquiètent d’ailleurs moins par les problèmes posés dans les banlieux françaises que ceux que pourraient provoquer une émancipation des régions françaises…
Pour en revenir à la lutte anti-libérale. Prenons l’exemple récent des OGM en région Bretagne (4 départements …). Depuis 2003 , la région sous l’impulsion de la nouvelle majorité organise une réflexion autour du soja non-OGM. Le conseil régional est d’accord pour développer des filières non OGM et freiner l’arrivée du soja OGM dans les ports bretons. Problème: la région n’a pas la compétence pour filtrer l’arrivée du soja sur son territoire. Ainsi Brest importe avec l’autorisation de l’Etat du soja OGM du Brésil pour nos agriculteurs. Malgré les volontés citoyenne et politique des représentants régionaux du peuple, la région Bretagne ne peut prendre aucune initiative « anti-libérale » d’ampleur.
Les raccourcis idéologiques évoqués ci-dessus (régionalisation= privatisation) ne résistent donc pas à la réalité des faits. Aujourd’hui, même s’il n’est pas le seul en cause, l’Etat empêche les régions (plus proches des citoyens) de jouer un rôle de contrôle de l’économie de marché. D’autres lobbys prolifèrent d’ailleurs très bien au sein même de notre Etat centralisé. On pense évidemment au cas exemplaire du nucléaire mais il y a aussi le lobby des médicaments et bien d’autres.
Est-ce à dire que la régionalisation poussée serait la garantie automatique d’une « plus-value démocratique »? Non évidemment, mais la refuser « par définition » est anti-démocratique. Bien des régions françaises sont aujourd’hui capables de prendre leur destin en main et d’assumer bien des compétences (eau-agriculture, langues régionales, …). L’Etat francais reste pour l’instant sourd à ces revendications formulées clairement, notamment par la région Bretagne.
La vision d’un Etat fort (mais paradoxalement très inéquitable) reste encore le garant exclusif de la justice sociale, aux yeux de beaucoup de militants de la gauche anti-libérale. Jusqu’à quand ?
JF Lugué
Commentaires
Membre du conseil de développement du pays de Pontivy, j'y ai trouvé là une forme de démocratie participative dont on parle tant en cette période de séduction politique. J'y ai côtoyé des personnes de métiers différents et d'opinions variées, mais toutes à l'écoute des unes et des autres, avec une volonté partagée de mener à bien le développement d'un territoire commun dans un soucis de respects des hommes, de la preservation du cadre de vie, d'une économie qui profite à tous. Sans vouloir trop idéaliser (les élus ne suivent pas toujours avec le même entousiasme, faire avancer un dossier prend du temps et il faut accepter parfois les compromis ,...), une réfléxion m'est venue que je vous fait partager: démocrate de gaughe ou démocrate de droite, l'avantage c'est que c'est toujours un démocrate.
Il en sera de même pour toutes nos revendications: si on veut les faire aboutir, il faudra élire des démocrates au pouvoir, et mieux vaut un bon de droite qu'un mauvais de gauche!
Pour autant, on ne juge bien les gens que sur leurs actes. Enfin: un bon démocrate doit être proche du peuple(demos), et pas sur un perchoir à Paris.