Ce n'est même pas moi qui l'écrit (ni l'UDB)! C'est Bernard Le Solleu qui en
fait l'éditorial du jour dans OF.
C'est un bon papier dans l'ensemble, mais il est consternant de voir que ce
journaliste entretient le mythe du "nucléaire propre" en soutenant que
"l'électricité d'origine nucléaire ne nous place pas, elle seule, en tête des
pays écologiquement corrects." OF se doit malheureusement de soigner un de ses
financeurs (EDF) quand ce n'est pas le financeur lui-même qui tient la plume
des journalistes (cf un de mes articles sur le sujet).
L'écologie sur la place publique
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Aujourd'hui, on bat le Grenelle comme, jadis, on battait monnaie pour renflouer
les caisses du royaume. Le tam-tam médiatique nous promet, avec les assises de
l'environnement, une nouvelle économie, une nouvelle croissance, « une
révolution verte ». Bigre.Débats en province, « chat » sur
Internet, des idées à foison, des documents par centaines, l'événement se veut
« historique ». Jamais en panne d'orgueil, le gouvernement souhaite
ériger le pays en exemple pour la Terre entière. Il se fait fort de démontrer à
tous les sceptiques que l'on peut, à la fois, accroître son produit intérieur
brut et faire décroître sa consommation d'énergie, ses rejets de gaz carbonique
à l'origine des dérèglements climatiques. La France incarnera le nouveau monde,
l'économie sans carbone. Il n'y pas d'autre choix, paraît-il. C'est l'écologie
ou l'apocalypse. Défi considérable, mais, pour l'instant, le gouvernement se
répand en mots et en intentions. Ce Grenelle peut finir en quenouille, avec une
liste de mesurettes, une escouade de programmes mal financés. Nicolas Sarkozy
se verrait alors privé d'arguments sur la scène internationale, à l'heure où il
est impératif de renforcer la lutte contre le réchauffement. Cela se décidera
notamment à Bali, en Indonésie, en décembre.Avant de s'ériger en modèle, la
France doit d'abord rattraper son retard. L'électricité d'origine nucléaire ne
nous place pas, elle seule, en tête des pays écologiquement corrects.
L'Allemagne, avec ses éoliennes, son plan de rénovation des logements anciens,
ses emplois verts, son agriculture « bio », fait beaucoup mieux, au
même titre que la petite Autriche et que les pays scandinaves. La politique
environnementale, en France, a été trop longtemps laissée en jachère. Jacques
Chirac dénonçait fort bien
« la maison qui brûle »,
il en appelait au sursaut des nations, mais, concrètement, dans l'Hexagone,
l'écologie demeurait un sujet de seconde main. Il est donc temps de se
réveiller, de se mettre en phase avec les projets et les engagements de l'Union
européenne. Cela ne nécessite pas une débauche d'imagination. À Bruxelles,
certaines recettes sont sur la table. En revanche, une nouvelle gouvernance
- mot à la mode - s'impose. Le jacobinisme et l'écologie se marient
très mal. Il y a une façon bien française d'arbitrer les grands choix
stratégiques : on contourne le Parlement, l'État pratique le tête-à-tête
avec les lobbies concernés (transports routiers, agriculture intensive,
nucléaire...). Ce centralisme n'est plus adapté quand il s'agit de défendre un
développement durable, soutenu par l'opinion. Injecter d'urgence de la pensée
écologique dans les institutions et les rouages de la République, c'est l'une
des missions du Grenelle. De toute évidence, le rendez-vous de la fin d'octobre
ne va pas effacer, comme par miracle, tous les conflits d'intérêts. Le
gouvernement est, par ailleurs, à demi-paralysé par son carcan budgétaire. La
dette publique grimpe, la croissance a le souffle court, la faillite menace.
Est-ce que cela va lui donner des ailes ou, au contraire, lui couper les
bras ? Nicolas Hulot a beau s'égosiller auprès du président de la
République, lui asséner
« n'ayez pas peur ! »,
il n'est pas certain que ces messages quelque peu messianiques enthousiasment
l'Élysée.Ce Grenelle, à l'image de ce que fut celui de mai 1968 dans le domaine
social, symbolise la place nouvelle qu'occupent les préoccupations écologiques.
L'écologie est sortie de son ghetto politique, de son petit terroir peuplé de
pâtres barbus. Elle n'est plus confinée au cercle des experts et des savants.
L'opinion publique s'en est emparée. Quant à Jean-Louis Borloo, récent
converti, il se rêve désormais en Colbert, superministre de l'écologie. C'est
dire si ce Grenelle, avant même d'être conclu, inspire les meilleurs esprits.
Bernard LE SOLLEU.