C'est comme si une bulle était montée au-dessus de Redon pour se déposer à Guéméné. On est donc obligé de chercher ailleurs. Quelles sont les autres sources ? On s'intéresse à des vergers brûlés du côté de Guéméné. On se demande aussi si la combustion de champs de blé traité pourrait être en cause.

Évidemment, si on parle de ça, ça énerve les agriculteurs, car on montrerait alors qu'il y a plusieurs sources, dont certaines issues du monde agricole. Les agriculteurs trouvent aussi qu'on a dépensé beaucoup d'argent en analyses. L'État a prévu au moins 500 000 €. Mais la recherche de la contamination par dioxine coûte très cher. Dans tous les cas, on continue notre enquête, car il est important de trouver le ou les pollueurs et d'éviter des crises semblables dans l'avenir.

Il y a eu beaucoup de silence depuis le déclenchement de l'affaire. Où en est-on concernant le risque de santé publique ?

On a surtout trouvé des concentrations de dioxine sur le maïs, car c'est une plante qui stocke beaucoup de poussières et qui n'est pas lavée avant d'alimenter les bêtes. Maintenant, concernant les potagers, on n'a jamais dit qu'il n'y avait pas de risque que les fruits et légumes récoltés cet été-là n'avaient pas été contaminés. La Direction départementale des affaires sanitaires nous a garanti que, puisqu'ils étaient lavés, ils n'étaient pas toxiques. Si quelqu'un avait ingéré des poussières pendant cette période, il ne serait donc pas en danger. Nous sommes très sereins face aux risques sanitaires. Ça nous coûte d'ailleurs cher, on l'a vumercredi : les éleveurs ne comprennent pas qu'on leur impose des règles sanitaires si dures. On a appliqué un principe de précaution drastique : le seuil de trois picogrammes de dioxine par gramme de graisse, pour autoriser la vente, est 1000 fois inférieur à un taux qui pourrait créer des risques sanitaires pour l'être humain à condition d'en manger tous les jours pendant 10 ans.

Vous avez annoncé mercredi que l'État indemniserait les agriculteurs à hauteur de 1,5 million d'euros...

Ces 1,5 M€ sont conditionnés à ce que la filière lait et viande participe à hauteur équivalente et que les collectivités locales s'engagent également. Ce montant a été calculé sur une estimation d'un préjudice global de 5,3 M€. Il sera tenu. Mais l'estimation financière sera revue à la baisse. Car elle avait été faite sur la base d'une durée de trois mois de séquestre. Or, pour beaucoup d'éleveurs, elle s'est arrêtée plus tôt. Côté lait, 90 élevages avaient été recensés au plus fort de la crise. 51 d'entre eux sont revenus à un taux normal. Côté viande, depuis mercredi, on est autorisé à faire des prélèvements sur des animaux vivants. Les services vétérinaires vont donc pouvoir aller prélever dans chaque exploitation la semaine prochaine et on pourra dire rapidement aux éleveurs si leurs troupeaux sont sains. S'ils le sont, alors ils pourront délivrer leurs bêtes des séquestres et les envoyer à l'abattage dans la filière normale. S'ils ne le sont pas, ça sera l'euthanasie, pratiquement au même prix. La question, c'est quand seront-ils payés ? Car ils veulent l'argent le plus rapidement possible. Je les comprends.

Les jardins de la sous-préfecture, dans lequel les manifestants ont déversé du maïs, ont-ils été nettoyés ?

Absolument. Il ne reste plus rien de l'ensilage déversé. J'ai eu confirmation que ce maïs était contaminé à la dioxine et donc le traitement doit être approprié. J'ai écrit au maire de Redon pour lui indiquer une entreprise qui peut s'en charger. Ensuite la municipalité se tournera vers moi, de façon à ne pas faire porter à la seule ville de Redon le coût de cette destruction.

Propos recueillis par Yann-Armel HUET.