Des députés bretons accueillent Kadhafi : la honte!
Par JF Lugué le mercredi 12 décembre 2007, 22:12 - Lien permanent
Le communiqué ci-dessous émane du site : "oui au breton" qui remarquablement documenté sur la problématique linguistique en Bretagne. L'intérêt de ce site ne réside pas seulement dans la cause britto-bretonne. Oui au breton fait des parallèles très pertinents avec l'actualité des langues dans le monde. Le sort réservé aux langues d'un Pays va de paire avec celui que les états réservent au droits de l'Homme sur leur territoire... Tout le monde a pu lire ou entendre les "oeuvres" (basses) du colonel Kadhafi. Moins connue est la répression contre la langue berbère en Libye.
Hier, vingt-cinq députés et quinze sénateurs avaient fait le déplacement à l'Hôtel de Lassay pour recevoir le dictateur lybien, Mouammar Kadhafi. Parmi eux, figuraient Marc Le Fur, député des Côtes d'Armor, et Jacques Le Guen, député du Finistère.
Il faut dire qu'au sein de l'Assemblée nationale, nos deux députés bretons sont membres du groupe d'études à vocation internationale sur la Libye. (1) Jacques Le Guen en est même un des six vice-présidents.
12 h 45. Le dictateur arrive dans sa limousine blindée. Il sert des mains. Marc Le Fur, au premier rang puisqu'il est vice-président de l'Assemblée nationale, tend la sienne. Moins en vue, Jacques Le Guen échappera à cette obligation protocolaire. Tous les deux seront bien là pour entendre Patrick Ollier, ancien Président de l'assemblée nationale, saluer « les efforts de Kadhafi contre le terrorisme ou le nucléaire. » Ils ne protesteront pas plus quand le dictateur lybien leur expliquera que s'il est « au pouvoir depuis 38 ans, ce n'est pas moi qui suis au pouvoir mais le peuple libyen. »
Notons que Jacques Le Guen n'hésite pas à justifier sa présence à cette mascarade en déclarant que « traiter le colonel Kadhafi comme un paria n'est pas le meilleur moyen pour faire passer le message des droits de l'Homme ». Il persiste et signe d'ailleurs dans une vidéo diffusée sur son site internet. [Voir le site]
A en croire la presse ce matin, il semble pourtant que le dictateur lybien n'a pas entendu le message. Ni celui de Jacques Le Guen. Ni celui de Nicolas Sarkozy. Pour ces bonimenteurs, les droits de l'homme sont surtout les droits de l'homme... d'affaires.
Défendre le breton. Défendre nos libertés linguistiques en France. Défendre les droits de l'homme dans le monde
Un message, reçu hier sur le site ouiaubreton, à la suite de notre article consacré à Kadhafi, les langues minoritaires et la liberté de la presse en Libye évoque la situation des berbères en Libye.
« La Libye fait partie de l' Afrique du Nord, terre des autochtones berbères par essence. Plus de 20% de la population libyenne est berbère, le reste est arabisé. Hier, des militants berbères de Libye, rejoint par lerus frères du Maroc et d' Algérie ont été arettés parce qu' ils ont commis le crime de manifester contre l' ennemi des Berbères, le grand panarabiste et raciste, Mouammar Khaddfi. Au Maroc, comme en Algérie, comme en Tunisie, comme en Egypte, comme en Libye, la langue officielle est l' arabe. Pourtant, toute cette vaste région est la terre des Berbères depuis des millénaires. Au lieu d' avoir la prirorité sur leur terre, les Berbères sont plus marginalisés, exclus de tout. Savez-vous qu' en Libye il est strictement interdit de parler le berbère en public !? Le breton, comme le berbère, n' est qu' un patois local pour tous ces racistes qui nous gouvernent. Il va falloir réfléchir à une stratégie solidaire entre tous les peuples atachés à leur culture et colonisés chez eux avant que l' on disparaisse à jamais. Pour l' honneur de nos ancêtres, combattons l'injustice et battons-nous pour notre liberté et pour notre dignité ! » (2)
Sans commentaire.
- 1. Voir la liste des membres du Groupe d'études à vocation internationale sur la Libye sur le site de l'assemblée nationale [Voir le site]
- 2. Lire sur ouiaubreton en suivant ce lien [Voir le site]
Commentaires
En parlant de la visite de cinq jours du nouveau grand ami de la France, voici un court extrait d’un article signé Massimo Nava pour le Corriere della Sera :
"Au lendemain de son élection, Nicolas Sarkozy avait promis que la France serait "du côté des opprimés du monde" ; or il a été le premier chef d’Etat à féliciter Vladimir Poutine pour la victoire de Russie unie aux législatives. En visite à Pékin, le président français, faisant allusion à Taïwan et au Tibet, a rappelé qu’"il n’y a qu’une seule Chine". Préoccupé, comme on peut le comprendre, par le sort d’Ingrid Betancourt, il a reçu avec les honneurs le président du Venezuela, Hugo Chavez. Reconnaissant pour la libération des infirmières bulgares, il a chaleureusement accueilli le leader lybien Muammar Kadhafi. Aux naïfs et aux idéalistes on répondra que cette logique de politique étrangère incarnée aujourd’hui par Nicolas Sarkozy a pour nom realpolitik. On peut protester haut et fort quant au sort fait à la Tchétchénie, mais c’est de Russie que proviennent gaz et pétrole. On peut être solidaire des moines birmans, mais leur avenir dépend de la Chine et de l’Inde, les nouveaux géants de la planète. C’est ce qu’a si bien compris Nicolas Sarkozy."
Et en voici un autre, un peu plus long, écrit par Joseph Hanimann pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung : "Kadhafi scelle la fin des intellectuels"
"On savait depuis longtemps que, même en France, les protestations d’intellectuels ont perdu de leur impact. On vient d’en avoir la confirmation. Au beau milieu du tollé suscité par la visite d’Etat de l’autocrate libyen Kadhafi, Bernard Kouchner a eu une phrase lourde de sens. Le temps est venu des négociations politiques, a-t-il déclaré, où les principes moraux n’incarnent qu’une demi-vérité. Realpolitik ? Non : pour le ministre que la politique étrangère sans scrupule de Sarkozy rend de plus en plus nerveux, l’autre demi-vérité est celle des résultats concrets - libération des infirmières bulgares en été, visite d’Etat en automne. Il faut regarder vers l’avant. Donc, oui, realpolitik.
Avec cette visite de Kadhafi, Sarkozy met à rude épreuve la conscience et l’intégrité morale de ses partisans issus des rangs intellectuels. Des personnalités qui n’ont jamais penché en sa faveur et qui, face à ses réussites concrètes de ces dernières semaines, ne pipaient plus mot recommencent soudain à donner de la voix. "Dans le pays des droits de l’homme, il y a là quelque chose qui ne passe pas", déclare Bernard-Henri Lévy : "On n’invite pas en visite d’Etat un grand terroriste ou un preneur d’otages international."
Ce n’est pas le fait que l’on reçoive un dictateur qui serait scandaleux, mais la manière de le faire, "avec la pompe protocolaire et de surcroît pour la journée internationale des droits de l’homme", s’insurge Pascal Bruckner. On ne trouverait là que peu de traces de la rupture annoncée avec l’ancien cynisme d’Etat. Faut-il donc reprendre les appels à la protestation ? "Plus que jamais", assure Bruckner, "plus on crie fort, plus on a de chance d’être entendu, y compris par Sarkozy."
La pilule est dure à avaler pour ceux qui avaient soutenu le candidat Sarkozy, tel André Glucksmann. Jamais on ne les a aussi peu entendus. L’empressement du président français à féliciter Vladimir Poutine pour sa victoire aux élections parlementaires russes a déjà été une "déception" pour le philosophe. Aujourd’hui, il juge désastreux que Kadhafi se voie offrir une tribune politique à l’Elysée et à l’Assemblée nationale. Les intellectuels français tels Glucksmann étaient habitués à voir réagir les hommes politiques à leurs protestations. Le mépris et la suffisance de Sarkozy bousculent leurs vieux schémas.
Toutefois, les protestations les plus violentes contre la visite d’Etat du dirigeant libyen ne sont pas venues des cercles d’intellectuels mais du gouvernement lui-même. Le commentaire sans ambiguïté de la secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme, Rama Yade, pour qui la France "n’est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s’essuyer les pieds du sang et de ses forfaits", a largement été repris par les opposants à cette visite. C’est là qu’apparaît la véritable "rupture" du nouveau président. Son gouvernement ne détermine pas seulement la politique du pays, il fournit en prime la critique. La realpolitik à laquelle Sarkozy initie les vieux idéalistes et ses nouveaux alliés ne se déploie pas dans la discrétion feutrée des salons gouvernementaux mais dans les médias, où les intellectuels étaient autrefois chez eux. Le problème est que cette conduite nuit autant à la crédibilité des intellectuels qu’à celle du président."
Enfin, un petit dernier pour finir, écrit de la plume d’Amine Lotfi, pour le quotidien algérois El-Watan : "Tout près du chéquier libyen"
"En accueillant le chef de l’Etat lybien, la France ne fait que profiter de son retour en grâce diplomatique...et de ses milliards de dollars. Le dirigeant lybien entame, à partir du 10 décembre, une visite officielle de cinq jours en France. Cette visite - dont Paris escompte de substantielles retombées financières - soulève une vague de violentes protestations de la part de l’opposition parlementaire et des organisations des droits de l’homme, qui jugent le colonel Kadhafi indésirable. Les autorités françaises ne semblent nullement embarrassées pour autant par ce vacarme politico-médiatique qui ne devrait pas compromettre la signature de gros contrats avec Tripoli. Le président français, Nicolas Sarkozy, s’est d’ailleurs montré pragmatique en assurant à son invité, lors du tout récent sommet Union européenne-Afrique à Lisbonne, qu’il était le bienvenu. Le colonel Kadhafi se rendra donc à Paris - selon une formule désormais consacrée - "en ami", c’est-à-dire en n’en pensant pas moins, car il est parfaitement informé des tirs croisés dont il fait l’objet.
Pour lui aussi, le ton est au réalisme et à la conclusion de contrats qui amélioreront l’image de la Libye sur la scène internationale. Et, de fait, l’heure n’est plus où le colonel Kadhafi était voué aux gémonies tant par l’Europe que par l’Amérique, prêtes désormais à commercer avec une Libye revenue en grâce depuis qu’elle a affirmé qu’elle renonçait à développer des armes de destruction massive, en 2003, et qu’elle a dédommagé les victimes des attentats au-dessus du Niger, en 1989, et de Lockerbie (Ecosse), en 1998, qui avaient frappé des avions civils. Depuis cette date, le colonel Kadhafi a reçu la quasi-onction du président Bush lui-même et il est redevenu parfaitement fréquentable pour l’ensemble des capitales, dans un contexte où le réalisme économique prime sur bien d’autres considérations.
Le président français avait d’ailleurs souligné, à Lisbonne, qu’il encouragerait "le retour à la respaectabilité internationale" du colonel Kadhafi. Le rapprochement entre Paris et Tripoli avait connu un temps fort, cet été, lors de l’épisode de la libération des infirmières bulgares détenues en Libye. En contrepartie du geste du colonel Kadhafi, Paris aurait pris un certain nombre d’engagements, en particulier dans le domaine du nucléaire civil. La France est désireuse d’exporter sa nouvelle génération de réacteurs et de vendre dans le monde ses nouvelles technologies. Mais l’un des objectifs de la visite du dirigeant libyen en France concernerait des contrats d’armement et plus particulièrement d’avions de chasse Rafale, que l’industrie aéronautique française peine à placer. La Libye serait l’un des rares pays, pour ne pas dire le seul, à acquérir ce matériel de combat, qui fera son apparition dans une région qui a bien d’autres priorités. A cet égard, la visite du colonel Kadhafi est déjà tout bénéfice pour la France et son industrie militaire. Même s’il est peu probable que le dirigeant libyen ait droit, en retour, à des bains de foule sur les Champs-Elysées."