Dioxines toujours... l'enquête de ouest-France
Par JF Lugué le samedi 5 janvier 2008, 22:41 - Lien permanent
OF édition de Redon samedi 05 janvier 2008
L'État l'assure : « Nous n'avons rien caché »
// //L'Etat n'a rien fait concernant la pollution à la dioxine dans le Pays de Redon et alentours ? Pas d'accord, s'exclame Philippe de Guenin, le directeur de la Direction régionale de l'Agriculture et de la forêt de Loire-Atlantique (Draf), qui coordonne les expertises avec d'autres services. « Nous avons découvert la pollution au milieu de l'été 2007. Depuis, on est allé dans toutes les exploitations, on a analysé tous les élevages, détruit plusieurs milliers de litres de lait, abattu plusieurs centaines d'animaux, décidé une indemnisation des agriculteurs, alors même que les coupables ne sont pas encore trouvés. Et tout ça en six mois ! Regardez les autres pollutions, comme l'Erika, ça se chiffre en années. » Et le directeur d'enfoncer le clou : « Je ne vois pas d'autres exemples où nous avons géré une crise aussi rapidement. Les laboratoires privés mettaient six semaines pour faire une analyse. Alors nous avons mobilisé les laboratoires publics uniquement sur ce dossier pour les obtenir en une semaine. »
Reste la question du silence obstiné de l'État. « C'est vrai que nous n'avons pas voulu faire une communication offensive et dire au monde entier « Chez nous il y a de la dioxine », reconnaît Philippe de Guenin. Mais nous n'avons rien caché. » Pour lui, cette discrétion ne peut constituer un reproche, « du moment que nous avons protégé le consommateur. Et nous l'avons fait ».
Le directeur de la Draf comprend par ailleurs « les agriculteurs qui disent de pas être suffisamment indemnisés. Mais il n'y a aucune obligation de la part de l'État, rappelle-t-il. Nous ne le faisons d'ailleurs pas pour d'autres secteurs. »
Tempérance et relativisme, donc. De quoi faire bondir les Verts et l'Union démocratique bretonne de Redon, qui s'indignent qu'aucune information ne filtre encore. « C'est un déni de démocratie », estime le Vert Alain Ridard. « Si l'État a des données, qu'il les communique, ajoute Jean-François Lugué (UDB). L'État dialogue avec les agriculteurs, mais non pas avec les représentants de la société civile et les consommateurs. Une fois de plus, il donne le sentiment de délaisser le Pays de Redon. »
Y.-A. H.
(autres articles à suivre)
Après la dioxine, l'amertume reste tenace
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Philippe Debray est agriculteur à à Guémené-Penfao. Il tient seul une petite exploitation d’une quarantaine d’hectares avec 25 vaches laitières. Son principal souci encore aujourd’hui : que l’État trouve les coupables de la pollution à la dioxine et indemnise les éleveurs.
Été 2007 : plus d'une centaine d'éleveurs sont victimes d'une pollution à la dioxine. Philippe Debray, installé à Guémené-Penfao, raconte comment il a vécu cette catastrophe.
« Dans une histoire comme ça, il ne faut pas rester seul dans son coin à broyer du noir. » Attablé chez lui, un jour de pluie, Philippe Debray, agriculteur à à Guémené-Penfao, revient sur la pollution à la dioxine qui a touché entre 110 et 120 éleveurs cet été. Un phénomène encore inexpliqué (lire ci-dessous) « qui s'est déclaré dans une langue de chat de 40 km de long, s'étendant d'Allaire à presque Marsac le long des vallées du Don et de la Vilaine ». Il est remonté, Philippe. « Dès le départ, les services de l'État nous ont dit de ne pas communiquer. J'appelle ça le syndrome de la vache folle : surtout ne pas faire paniquer les gens. Ça me mine. C'est vrai qu'avec la vache folle, ça a été n'importe quoi. Mais il y a quand même une façon de faire pour dire les choses. »Au contraire, il se souvient de son désarroi et de celui de ses collègues : « On était tous dans le flou. On se posait tout le temps des questions. Certains ne savaient même pas s'ils pourraient continuer. Moi, j'ai été mis sous séquestre le 16 août. Ça a duré jusqu'à la mi-octobre. » Pendant cette période, pas question de vendre ni d'acheter un seul animal, « alors que c'était l'époque des vêlages. Il y avait bien des dérogations pour vendre les veaux, mais avec des papiers qui précisaient que l'animal sortait d'un élevage touché par la dioxine. Alors personne n'en voulait ou à des prix cassés. » Il dit avoir tenu « parce que je suis aussi trésorier de la Confédération paysanne de Loire-Atlantique. Être syndicaliste, ça aide. On se renseigne, on se bouge, les collègues nous épaulent. » Philippe dirige seul une petite exploitation d'une quarantaine d'hectares avec 25 vaches laitières. « Ce n'est pas énorme. Mais on survit. » Il se félicite d'ailleurs que, même au plus fort de la crise, les laiteries ont toujours continué à collecter le lait. « Elles séparaient la matière grasse, où se fixe la dioxine, de la matière protéinique. » Une opération coûteuse supportée par les agriculteurs. Mais finalement remboursées par les laiteries. « Elles se sont entendues pour ça les deux premiers mois. Malheureusement, en octobre, novembre, décembre, elles ne se sont pas mises d'accord. Les coopératives ont continué de payer, parce qu'elles voulaient soutenir leurs adhérents. Mais beaucoup de laiteries privées ont dit non. » Philippe s'inquiète d'ailleurs pour l'avenir, « car il n'est pas exclu que les laiteries tiennent à récupérer leurs avances. » « Entre le marteau et l'enclume » Du coup, il ne sait pas trop chiffrer son préjudice. Comme tous les agriculteurs, il attend que l'État paye. « L'État doit prendre ses responsabilités. Il fixe des normes, c'est à lui de les faire respecter. Nous, on est déjà entre le marteau et l'enclume. On ne peut pas être victime et payeur en même temps. » Il demande aussi à ce que les coupables soient trouvés, même s'il n'y croit plus trop. « Faut pas se faire d'illusion. Et puis, toutes les hypothèses ont déjà été émises : l'incendie de l'usine Knauff en juin 2006, les avions militaires qui passent souvent au-dessus de nos têtes, du bois traité qui aurait brûlé... » Pour lui, « l'État n'a pas fait son travail. Ils ont traîné les pieds, tout fait pour minimiser, rester le plus obscur possible. C'est se moquer de nous. » Philippe secoue la tête, incrédule : « Lors du Spas à Rennes, le ministre de l'Agriculture a promis 80 M€ à la Bretagne pour les problèmes d'eau. Nous, on demandait 5 M€ seulement et ils ne peuvent pas les mettre ? ! » Alors les choses s'arrangent peut-être, car « concernant le lait, il n'y a plus personne sous séquestre ; et concernant la viande, les éleveurs ont jusqu'à la mi-février pour envoyer les bêtes à l'équarrissage s'ils veulent être indemnisés ». Mais l'amertume perdure. « En France, nous avons des moyens de détection des pollutions très efficaces. Mais, derrière, ça ne suit pas. » Une chose est sûre : Philippe ressort de ce conflit plus que jamais convaincu par l'agriculture durable. « Pour éviter les pollutions, le mieux, c'est encore de ne pas polluer. » Voilà du bon sens paysan, comme on dit. Yann-Armel HUET.>> Forum : Que pensez- vous de cette situation ? Faites- nous part de vos remarques.
Knauff et les autres pistes : « Aucune crédible »
// //Au bout de ce délai, en juin 2007, la société s'est donc débarrassée, tout à fait légalement, de ces déchets. Manque de chance, l'affaire de la dioxine a commencé à faire parler d'elle et la Drire demandé à les faire réanalyser. Trop tard. Ils étaient déjà en décharges, mélangés avec d'autres, inexploitables. Philippe de Guenin tient cependant à dire que cela n'a pas été un problème et n'a pas entravé les expertises. « Nous avons été directement sur le site pour faire des prélèvements. On a gratté les parois et même grimpé dans les pins pour prélever des aiguilles, car elles peuvent vivre jusqu'à deux ans et gardent les traces. Knauff a été transparent. Nous avons pu faire tous les analyses et Knauff les a d'ailleurs payées. » Alors ? Bilan ? « Elles n'ont pas permis de démontrer de manière évidente que Knauff est à l'origine de la pollution. Actuellement, nous faisons des contre-expertises. » De nombreuses autres pistes ont également été explorées. « Mais aucune n'est crédible pour l'instant », affirme Philippe de Guenin.
Se voir mis hors de cause jusqu'ici est en tout cas une satisfaction pour Gilles Touron. « Ce n'est donc pas nous qui pouvons porter le chapeau. Nous savons de toute façon très bien que le nuage de fumée est parti en direction de Rieux lors de l'incendie. Il n'est pas allé se promener vers les secteurs de Guéméné pour revenir ensuite sur la région de Derval. »
Y.-A. H.
Commentaires
je ne sais pas si quelqu'un lira mon commentaire mais je constate que rien n'a rien n'a changé dans le raisonnement de l'état. un élevage de poules de plein air des oeufs pollués au PCB en septembre 2009 à des taux explosifs soit 118.23pg au lieu de 6 pg le sol les animaux les toitures. la préfecture de l'Eure a dit au ministère de l'agriculture que cela venait de nos pratiques d'élevages. elle a même publié des conclusions le 5 novembre 2009 reprise pas les radios local FR3 sans même attendre tous les résultats des analyses aujourd'hui elle met un protocole en place mais en trainant les pieds et en nous disant déjà qu'il y a peu de chance de retrouver le pollueur alors qu'il n'y a que 2 pistes. je crois qu'il faut être réaliste et l'état cherchera toujours à accuser l'éleveur. une pollution au PCB ils vont devoir faire fort dans l'Eure pour nous démontrer ce que nous aurions pût faire. bonne journée. Marie Letellier.