Après la dioxine, l'amertume reste tenace

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Philippe Debray est agriculteur à à Guémené-Penfao. Il tient seul une petite exploitation d’une quarantaine d’hectares avec 25 vaches laitières. Son principal souci encore aujourd’hui : que l’État trouve les coupables de la pollution à la dioxine et indemnise les éleveurs.
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Été 2007 : plus d'une centaine d'éleveurs sont victimes d'une pollution à la dioxine. Philippe Debray, installé à Guémené-Penfao, raconte comment il a vécu cette catastrophe.

« Dans une histoire comme ça, il ne faut pas rester seul dans son coin à broyer du noir. » Attablé chez lui, un jour de pluie, Philippe Debray, agriculteur à à Guémené-Penfao, revient sur la pollution à la dioxine qui a touché entre 110 et 120 éleveurs cet été. Un phénomène encore inexpliqué (lire ci-dessous) « qui s'est déclaré dans une langue de chat de 40 km de long, s'étendant d'Allaire à presque Marsac le long des vallées du Don et de la Vilaine ». Il est remonté, Philippe. « Dès le départ, les services de l'État nous ont dit de ne pas communiquer. J'appelle ça le syndrome de la vache folle : surtout ne pas faire paniquer les gens. Ça me mine. C'est vrai qu'avec la vache folle, ça a été n'importe quoi. Mais il y a quand même une façon de faire pour dire les choses. »Au contraire, il se souvient de son désarroi et de celui de ses collègues : « On était tous dans le flou. On se posait tout le temps des questions. Certains ne savaient même pas s'ils pourraient continuer. Moi, j'ai été mis sous séquestre le 16 août. Ça a duré jusqu'à la mi-octobre. » Pendant cette période, pas question de vendre ni d'acheter un seul animal, « alors que c'était l'époque des vêlages. Il y avait bien des dérogations pour vendre les veaux, mais avec des papiers qui précisaient que l'animal sortait d'un élevage touché par la dioxine. Alors personne n'en voulait ou à des prix cassés. » Il dit avoir tenu « parce que je suis aussi trésorier de la Confédération paysanne de Loire-Atlantique. Être syndicaliste, ça aide. On se renseigne, on se bouge, les collègues nous épaulent. » Philippe dirige seul une petite exploitation d'une quarantaine d'hectares avec 25 vaches laitières. « Ce n'est pas énorme. Mais on survit. » Il se félicite d'ailleurs que, même au plus fort de la crise, les laiteries ont toujours continué à collecter le lait. « Elles séparaient la matière grasse, où se fixe la dioxine, de la matière protéinique. » Une opération coûteuse supportée par les agriculteurs. Mais finalement remboursées par les laiteries. « Elles se sont entendues pour ça les deux premiers mois. Malheureusement, en octobre, novembre, décembre, elles ne se sont pas mises d'accord. Les coopératives ont continué de payer, parce qu'elles voulaient soutenir leurs adhérents. Mais beaucoup de laiteries privées ont dit non. » Philippe s'inquiète d'ailleurs pour l'avenir, « car il n'est pas exclu que les laiteries tiennent à récupérer leurs avances. » « Entre le marteau et l'enclume » Du coup, il ne sait pas trop chiffrer son préjudice. Comme tous les agriculteurs, il attend que l'État paye. « L'État doit prendre ses responsabilités. Il fixe des normes, c'est à lui de les faire respecter. Nous, on est déjà entre le marteau et l'enclume. On ne peut pas être victime et payeur en même temps. » Il demande aussi à ce que les coupables soient trouvés, même s'il n'y croit plus trop. « Faut pas se faire d'illusion. Et puis, toutes les hypothèses ont déjà été émises : l'incendie de l'usine Knauff en juin 2006, les avions militaires qui passent souvent au-dessus de nos têtes, du bois traité qui aurait brûlé... » Pour lui, « l'État n'a pas fait son travail. Ils ont traîné les pieds, tout fait pour minimiser, rester le plus obscur possible. C'est se moquer de nous. » Philippe secoue la tête, incrédule : « Lors du Spas à Rennes, le ministre de l'Agriculture a promis 80 M€ à la Bretagne pour les problèmes d'eau. Nous, on demandait 5 M€ seulement et ils ne peuvent pas les mettre ? ! » Alors les choses s'arrangent peut-être, car « concernant le lait, il n'y a plus personne sous séquestre ; et concernant la viande, les éleveurs ont jusqu'à la mi-février pour envoyer les bêtes à l'équarrissage s'ils veulent être indemnisés ». Mais l'amertume perdure. « En France, nous avons des moyens de détection des pollutions très efficaces. Mais, derrière, ça ne suit pas. » Une chose est sûre : Philippe ressort de ce conflit plus que jamais convaincu par l'agriculture durable. « Pour éviter les pollutions, le mieux, c'est encore de ne pas polluer. » Voilà du bon sens paysan, comme on dit. Yann-Armel HUET.

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Knauff et les autres pistes : « Aucune crédible »

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La piste de l'incendie de l'usine Knauff, à Redon, en juin 2006, comme origine de la pollution à la dioxine, a été largement étudiée selon Philippe de Guenin, le directeur de la Direction régionale de l'agriculture et de la forêt de Loire-Atlantique. « Dès l'incendie déjà, des analyses avaient été faites par la Drire (direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) pour savoir s'il y avait eu pollution. Les résultats ont été négatifs. » La question des déchets de ce sinistre a pourtant été posée par la suite. « Ils avaient été déclarés non polluants. Knauff les a évacués au bout d'un an. » Pourquoi autant de temps ? « Le système d'extinction n'a pas fonctionné correctement lors de l'incendie, explique Gilles Touron, le PDG de Knauff Ouest. Les assurances ont donc décidé d'attenter un recours contre l'entreprise qui l'avait installé. Et, du coup, nous n'avons pu toucher à rien pendant un an. »

Au bout de ce délai, en juin 2007, la société s'est donc débarrassée, tout à fait légalement, de ces déchets. Manque de chance, l'affaire de la dioxine a commencé à faire parler d'elle et la Drire demandé à les faire réanalyser. Trop tard. Ils étaient déjà en décharges, mélangés avec d'autres, inexploitables. Philippe de Guenin tient cependant à dire que cela n'a pas été un problème et n'a pas entravé les expertises. « Nous avons été directement sur le site pour faire des prélèvements. On a gratté les parois et même grimpé dans les pins pour prélever des aiguilles, car elles peuvent vivre jusqu'à deux ans et gardent les traces. Knauff a été transparent. Nous avons pu faire tous les analyses et Knauff les a d'ailleurs payées. » Alors ? Bilan ? « Elles n'ont pas permis de démontrer de manière évidente que Knauff est à l'origine de la pollution. Actuellement, nous faisons des contre-expertises. » De nombreuses autres pistes ont également été explorées. « Mais aucune n'est crédible pour l'instant », affirme Philippe de Guenin.

Se voir mis hors de cause jusqu'ici est en tout cas une satisfaction pour Gilles Touron. « Ce n'est donc pas nous qui pouvons porter le chapeau. Nous savons de toute façon très bien que le nuage de fumée est parti en direction de Rieux lors de l'incendie. Il n'est pas allé se promener vers les secteurs de Guéméné pour revenir ensuite sur la région de Derval. »

Y.-A. H.