Carhaix et sa municipalité entrent en résistance!
Par JF Lugué le mardi 3 juin 2008, 21:51 - Lien permanent
Christian Troadec ,le maire de Carhaix prend
véritablement la tête de la fronde du mouvement de résistance au "déménagement"
de l'hôpital de sa commune par l'Etat. Vous trouverez ci-dessous sa déclaration
en séance pleinière du conseil régional le 29 mai dernier. Une perle de bon
sens et surtout un ton carrément prophétique! Les carhaisiens sont, à l'image
de leur maire, déterminés pour faire aboutir leurs demandes légitimes pour
conserver leurs services publics. Une détermination qui devrait nous
interpeller, nous redonnais qui sommes dans une situation quelque peu
similaire.
La Bretagne, notre Bretagne d’aujourd’hui, est un bâti, une construction, un héritage de l’histoire façonné par les luttes sociales, culturelles, par des périodes d’avancées économiques, de grandes épopées, de périodes difficiles aussi et sans doute par bien autre chose…
Aujourd’hui quand on parle de la Bretagne, que l’on soit breton ou observateur extérieur un peu averti et que l’on veut mettre en avant les points forts, les atouts de la Bretagne, nous sommes nombreux à partager les mêmes constats… et y compris dans cette assemblée. Qui n’est pas en accord avec l’importance du patrimoine naturel de la Bretagne, la force de son identité, la créativité de sa culture, la qualité de la formation, l’énergie de nos acteurs économiques, la place de son agriculture et de sa pêche… mais aussi la vivacité de la cohésion sociale de la Bretagne liée à l’originalité de son maillage territorial autour d’un réseau de villes moyennes et de services de proximité. Une Bretagne à vingt minutes.
Aujourd’hui, de façon schématique, en France, de grands modèles coexistent :
D’un côté un modèle caractérisé par la ville tentaculaire, inhumaine, parfois excluante, qui n’ayant plus d’espace, se tourne vers le ciel et se lance dans la construction de tours toujours plus hautes… bureaux en bas, habitats pour riches en haut, près du soleil ; les pauvres ayant droit à la banlieue…
De l’autre, un modèle dans lequel la Bretagne s’est inscrit, plus polycentrique, autour de territoires vivants et animés. Ce modèle n’est sans doute pas pour rien dans l’attractivité actuelle de la Bretagne.
Or ce maillage territorial et cette cohésion sociale dont on connaît les fragilités sont aujourd’hui encore plus qu’hier attaqués, agressés… la logique centraliste française a toujours bridé les aspirations des régions, le libéralisme débridé de Sarkozy vise à les soumettre en cassant nombre d’éléments structurants de la solidarité territoriale bretonne.
La scolarité dès 2 ans est remise en cause, on supprime des centaines de postes d’enseignants.
La Bretagne est la région de France la plus malmenée par le projet de réforme de la Ministre de la justice. La Bretagne historique perd 13 tribunaux d’instance et 3 tribunaux de grande instance et le Centre Bretagne est amené à devenir un désert judiciaire.
La pêche fortement impactée par l’augmentation du coût du pétrole et la spéculation connaît une crise sans précédent.
Le « plan de casse » prévu dans le plan Barnier est dépassé par les demandes de retrait de bateau parce qu’il a créé un effet d’aubaine, mais aussi parce qu’il y a de la désespérance face à un horizon bouché.
Il est particulièrement préoccupant de constater que ces cessations d’activité pourraient concerner des entreprises de pêche performantes, avec des entrepreneurs jeunes et dynamiques mais lourdement endettés. La traduction de ce plan de casse pour la Bretagne, c’est la perte définitive d’une capacité et de droits de pêche dans des proportions importantes et avec elle de nombreux emplois en mer et à terre. Dans certains secteurs comme le sud Finistère, certains ports de pêche sont menacés de disparaître après des siècles d’activité. L’enjeu est donc économique, social et culturel.
Les aides, si elles sont indispensables à court terme, ne résoudront pas le problème structurel.
Pour parachever le tout, la santé publique et l’accès aux soins sont à nouveau attaqués.
Le service des allogreffes de Brest est quasiment clos.
Tout laisse à penser que l'intention de l'Etat est de ne conserver que les grandes structures hospitalières, elles mêmes financièrement asphyxiées, tout en soignant le secteur privé, qui bénéficient désormais du beurre : les actes lucratifs, et de l'argent du beurre : c'est à dire celui de l'Etat. Une dizaine de petits hôpitaux de Bretagne sont aussi sur la sellette.
Le Centre Bretagne, secteur le plus fragile de Bretagne est directement touché, menacé de devenir un désert de services publics.
Les élus bretons sont ignorés, tout est orchestré, décidé d’en haut… les fermiers généraux du roi soleil appliquent avec zèle les directives. Le directeur de l’ARH se comporte tel un proconsul dans sa Province en Pays conquis. Le 26 mai, c’est par fax qu’il nous a appris la suspension des activités de soin à l’hôpital de Carhaix, en clair la fermeture de la maternité et de la chirurgie à compter du 6 juin prochain à 18 heures, si la permanence et la sécurité des soins n’étaient pas assurées.
On inverse les responsabilités.
Aux acteurs locaux de se débrouiller seuls pour résoudre le problème de la démographie médicale et de recruter, comme si ça se trouvait sous le sabot d’un cheval, des anesthésistes, des gynécologues, des médecins urgentistes ! Et le tout en moins de 10 jours. Certes, il reste encore de l’espoir mais nous savons que malgré les parades juridiques, les discussions avec d’autres centres hospitaliers pour des coopérations, le travail du comité de projet porté et initié par la Région Bretagne et je l’en remercie encore, notre destin est désormais suspendu à un fil.
Ce mépris du ministère de la santé et de ses représentants en Bretagne n’est pas acceptable. La riposte doit être à la hauteur de l’agression que nous subissons.
Car vous le savez, Monsieur le Président, le Pays du Centre Ouest Bretagne a su relever la tête, s’est retroussé les manches, a construit jour après jour son avenir. Fermer la maternité et la chirurgie de l’hôpital de Carhaix ce n’est pas seulement et c’est déjà tellement catastrophique tuer l’hôpital lui-même, c’est provoquer inéluctablement la mort d’un Pays. Une Breizh Riviera s’est installée avec deux ou trois grandes métropoles, et qu’importe que l’on laisse les miettes au Centre Bretagne. En guise de dessert, nous aurons droit au désert judiciaire, au désert sanitaire. Comment dans ces conditions rester attractifs pour les populations et les entreprises ? Qui aura envie de venir s’installer dans une région où les services publics disparaissent les uns après les autres. Nous devenons des citoyens de seconde catégorie, de seconde zone. Que l’Etat français ne nous impose pas les mêmes erreurs commises par son centralisme d’un autre temps.
Je sais pertinemment M. le Président que cette situation de l’hôpital de Carhaix est liée à une situation politique plus globale, d’un plan bien plus important qui touche toute la Bretagne et toute la France. Mais je voudrais dire à ceux qui manifestent parfois leur réprobation devant ce déménagement du territoire qu’on ne peut pas voter une chose à Rennes et une autre à Paris. Nous ne pouvons pas non plus de nous contenter de dire que ces décisions ne sont pas de notre champ de compétence. Nous devons changer les choses profondément.
Face au tandem, Sarkozy et Fillon qui organise le déménagement du territoire, les élus bretons doivent répondre par un projet : un réel plan d’aménagement du territoire équilibré et solidaire.
Nous qui voulons faire la Bretagne nous devons organiser la résistance populaire, la lutte face à ceux qui n’ont qu’un objectif : défaire la Bretagne. Dès maintenant, je retourne sur les barricades du Kreiz Breizh. Je vous invite, dans les jours prochains, et en particulier à cet ultimatum qui nous est fixé au vendredi 6 juin à 18 heures à nous retrouver en masse, à Carhaix, devant l’hôpital, pour dire non à l’inacceptable. Alors oui, à ce moment là, quand l’Etat aura reculé, nous pourrons dire, Bretagne nous te faisons.
Commentaires
bravo a tous , avec vous l hopital me doit fermer il y a toujours eu un village invincible en bretagne , si on peut y mourir il faut aussi y naitre
courage
La cause est noble mais les moyens violents et désastreux. Comment peut-on défendre un hopital, c'est à dire un centre de santé en brûlant des pneux et cassant tout ? N'existe-t-il pas d'autres moyens, plus intelligents d'exprimer son désaccord dans une démocratie ? Ceux qui le font ont-ils pensé aux insuffisants respiratoires de Quimper qui habitent près de ces feux toxiques ? Ont-ils pensé aussi aux dommages co-latéraux économiques divers et variés, tels que de nombreux commerces déjà à bout de souffle et que ces évènements vont précipiter à la faillite, et ceux-là dans le silence le plus total ? Ont-ils pensé aux répercussions que ces actes auront sur à l'aggravation du budget déjà calamiteux de notre pays ? Oui, il faut manifester avec les outils notre démocratie mais nous méfier des conséquences incontrolables qu'engendre la violence.
Vaste débat que de savoir où se trouve la limite entre la revendication pacifique et la violence... Toutefois ,dans le cas des manifestations pour l'hôpital de Carhaix, je n'y vois pas l'expression d'une "violence" , même si certaines manifestations sont spectaculaires et revêtent un caractère symbolique fort. Brûler des pneus, n'est pas idéal mais la fermeture de l'hôpital de Carhaix possédera des répercussions sanitaires, sociales et écologiques sans communes mesures!...
Un fait qui me revient à l'esprit. Savez que Gandhi avait appelé ses congénères a faire des "autodafés" avec les vêtements provenant des manufactures anglaises et appelé à un vaste boycott des produits anglais? En agissant ainsi , il avait mis des centaines d'ouvrières anglaises au chômage en quelque sorte... Gandhi avait il fait preuve de violence envers les anglais? Certains l'en accusaient à l'époque ... L'histoire retient pourtant de Gandhi qu'il était l'apôtre de la non-violence. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette histoire, c'est que les ouvrières anglaises étaient devenues pour grande partie d'entre elles solidaires du mouvement généré par Gandhi car elles savaient que le sort infligé aux indiens était injuste.
La violence s'exerce plus souvent là où on ne la voit pas.
Pour en revenir à la situation de Carhaix, ne vous trompez pas de cible! Qui donc est responsable de cette situation? L'Etat par son double language, se joue de la patience des bretons comme le chat avec une souris. Le directeur de l'ARH indique qu'il faut trouver très rapidement 4 médecins anesthésistes pour assurer la sécurité sanitaire de l'hôpital de Carhaix. Une fois les anesthésistes trouvés avec l'aide de la région (qui paye un cabinet pour le recrutement...) le directeur de l'ARH change d'avis et estime que les personnes recrutées ne doivent pas exercer à Carhaix. Qui exerce donc une violence sur qui?
Les bretons pourtant si polis (et parfois bien dociles à mon avis) doivent ils courber perpétuellement l'échine?
La révolte des carhaisiens me semble complètement légitime. La véritable violence (dirigée vers des personnes), elle, ne le sera jamais.