Quelques réflexions à propos de la « propreté » et de la nature
Par JF Lugué le lundi 16 juin 2008, 23:15 - Lien permanent
Je suis toujours assez surpris quand j’entends parler de "propreté" à l’évocation de la nature… Un exemple parmi tant d'autres aujourd’hui dans Ouest-France dans les propos du maire de Redon, Vincent Bourguet:: « Si vous voulez vivre dans une ville aussi propre sans produits phytosanitaires, il faut multiplier par quatre le nombre d'employés qui s'occupent actuellement de l'entretien.» Le fait que la mairie de Redon envisage à terme de bannir l’usage des pesticides est une très bonne nouvelle, mais pourquoi Vincent Bourguet oppose-t-il la « propreté » à la nature, et associe de manière implicite, la chimie à la propreté ?
Des personnes qui habitent pas très loin de chez moi reprochent aussi à leurs voisins de ne pas être suffisamment « propres », lorsque des herbes indésirables (pour ne pas dire "mauvaises herbes" suivant leur vocabulaire …) grimpent le long d’un grillage ?
Pas plus tard que ce week-end , des compagnons partageant des engagements politiques, me confient leurs difficultés à supporter des herbes (plantain, pissenlits, …) autres que le gazon sur leur pelouse et que jusqu’à peu, ils n’hésitaient pas à pratiquer le désherbage chimique pour « faire propre »...
D’où vient donc ce syndrome de la «propreté » qui contribue à l’intoxication globale de l’espèce humaine ? Faut-il y voir l’influence des jardins à la française, d’une rectitude maladive? Ou bien est-ce l’expression d’une société technologique dont les standards esthétiques s’inspirent plus des espaces aseptisés des toilettes que des écosystèmes naturels ?
Pas très loin de Redon, il m'arrive assez souvent de passer devant certaines maisons, dont les abords possèdent une esthétique très particulière : fossé (communal !) désherbé- stérilisé, grillage de 2 m, espace désherbé chimiquement (terre à nue) et ensuite barrière verte (haie de thuyas) … Bref, quelque chose qui ressemble plus à la ligne Maginot qu’aux images bucoliques de la propriété campagnarde.
J’ai acquis la conviction que ces aménagements sont révélateurs d’ une véritable rupture entre l’homme et la nature.
Oui, nous devons nous réconcilier avec les « mauvaises herbes », apprendre à les côtoyer de nouveau et sans doute apprendre à mieux les connaître. Ne nous vengeons pas sur la nature car la « propreté » recherchée dans le jardin ou la rue n’est sans doute que la projection de la souillure de notre esprit.Les papillons sont allergiques à la "propreté" (ou plus exactement à l'aseptisation des espaces) et ne peuvent proliférer que sur des terrains où se développent les herbes folles. Laissons à nos enfants et aux générations futures la joie d'en observer !