Vers l’incinération des déchets du Pays de Redon ?
Par JF Lugué le mercredi 10 septembre 2008, 22:32 - Lien permanent

Les membres de la CCPR du Pays de Redon se sont retrouvés lundi dernier pour évoquer différents sujets dont un consacré aux déchets du Pays de Redon.( Pour rappel, 2 camions partent du Pays de Redon tous les jours, direction : un site d'enfouissement en Mayenne.) Le président de la CCPR, JL Fougère propose de voter la proposition d'envoyer sur Vitré environ 20% des déchets du Pays de Redon. La raison principale avancée est une question budgétaire : l'usine de Vitré peut accepter une partie des déchets de la CCPR induisant ainsi une réduction des frais de transports.... Une économie de l'ordre de 15 000 euros défendue par JF Mary , maire d'Allaire (pour budget global des déchets 500 000 euros). Réaction d'Emile Granville : la commission environnement n'en a pas débattu. ...
Mme Françoise Boussekey (maire de Saint Marie) en fait une question de principe : il n’y a pas de petites économies…. Donc pas d’état d’âme à avoir, les contribuables-électeurs seront reconnaissants des choix de leurs élus….
Si on poursuit le raisonnement de Mme Boussekey on pourrait tout à fait imaginer d’envoyer nos déchets dans des Pays du 1/3 monde pour des prix encore bien plus compétitifs. (Sauf, que cela est interdit pour les déchets ménagers mais pas pour tous les déchets industriels à priori.) Tout ce qui est légal est donc bon à prendre? C’est là qu’une certaine éthique personnelle ou collective peut apporter des éléments de réflexion et orienter les avis. Pour ce qui me concerne, j’estime que la légitimité (la morale) est supérieure à la légalité (la loi).
Le Pays de Redon vient de sortir d’une crise écologique majeure avec la pollution à la dioxine (plus de 150 exploitations touchées) issues de la combustion non maîtrisée de bois traités -d’après ce que disent prudemment les services de l’Etat. Est-il moralement acceptable qu’aujourd’hui, nous soyons prêts à produire des déchets de ce type (dioxines) sur d’autres territoires alors que nous connaissons plus que d’autres leur niveau de nocivité. L'éthique voudrait qu’après avoir été victime, nous ne soyons pas à notre tour contributeur à l’augmentation de la pollution à la dioxine. Rappelons quand même la fermeture de l’usine de Redon en 2000 pour non respect de la réglementation en vigueur… Qu’en a-t-il été des quantités de polluants rejetés ? Les chiffres, jamais publiés ne doivent pas être réjouissants. Combien de victimes induites, pendant combien d'années ?...
Du côté de Nivillac, une usine d’incinération a dû aussi être fermée en 1999 pour cause de dysfonctionnements et …de cancers anormaux constatés par les médecins sur les communes proches (pour lesquelles les analyses épidémiologiques ont conclu évidemment qu’il n’y avait rien de significatif). Bref, quelques soient les qualités de filtres de fumée disposés à la sortie d’une usine, celle –ci produit des polluants extrêmes présents notamment dans les mâchefers (cendres) qu’il faut ensuite surveiller à vie. La littérature sur le sujet est copieuse.
L’incinération est aussi un système qui s’accommode trop bien du libéralisme et de profits juteux. Parts de marchés, rentabilité des usines (privées évidemment), etc … Difficile de mener de front l’incinération et la baisse du tonnage des ordures ménagères puisque la « valorisation énergétique » (comprenons : la combustion des plastiques d’emballages pour faire du chauffage) nécessite un apport régulier pour satisfaire en aval le marché de l’énergie. Quelle crédibilité et surtout quelle volonté exprimée ensuite dans une politique de réduction de déchets ? La décision de la CCPR de Redon est reportée à Octobre et ne serait « que » provisoire. L’incinération est un piège dangereux à éviter pour le Pays de Redon. Certains élus semblent déjà subjugués les feux follets qui s’en dégagent…
Commentaires
L'urgence environnementale - et morale- aurait-elle encore ses limites dans la tête d'un certain nombre d'élu(e)s communautaires face aux -louables- urgences budgétaires. La est la question ? Leurs interrogations récurrentes sur la question de l'envoi quotidien de nos déchets vers la Mayenne et de la quantité de CO2 que celà génère, ne serait-elles, en réalité qu'un faux-semblant pour des raisons d'économie et/ou de souci budgétaire.
Je n'ose le croire !!!
Selon mme Boussekey,envoyer les déchets à l'incinérateur de Vitré plûtot qu'au centre d'enfouissement en Mayenne relèverait d'une politique de bonne gestion de l'argent public si l'on réalise des « économies de budget »...mais la question des déchets ne peut être réduite à une simple question de « mieux-disant » monétaire.
Si l'incinérateur propose de brûler nos déchets, c'est qu'il en a la capacité; on participe donc à la rentabilisation d'une unité de traitement dont c'est l'objectif de remplir ses cuves et on continue d'alimenter le système avec les risques écologiques déjà connus.
Mais que devient le « livre blanc » du Conseil de développement sur les déchets ? Est ce qu'il est pris en considération par les élus?
A mon avis, pour avancer sur cette question, la Communauté de communes devrait s'engager sur un programme de réduction et de traitement des déchets sur notre territoire; les solutions envisagées par le Conseil de développement devraient permettre d'avancer rapidement et de fixer un calendrier de prises de décisions et de réalisations d'objectifs....plûtot que de prendre des décisions « provisoires » qui sont des fuites en avant sans projet.Ce programme devrait aussi inclure avant chaque décision une participation des usagers aux choix opérés....
Pas de pouvoir organisé durable sans contre pouvoir organisé durable, pas de démocratie sans concertation avec l’ensemble des parties prenantes.
Les élus de la CCPR, voulant prendre à la va vite une décision lourde de sens et de conséquences ( 20 % des déchets à l’incinération à Vitré ) se sont pris les doigts dans la tapette de la cohérence éthique et environnementale pour avoir voulu, par un vieux réflexe étroitement budgétaire croquer un petit appât financier , bout de fromage placé là par un industriel de l’incinération qui doit avoir du mal à remplir son four quotidien.
Les déchets, on doit les éliminer mais pas n’importe comment ni avec n’importe qui . certains l’ont apparemment vite compris vu leur rétropédalage en séance (et depuis si je suis bien informé).
Le fond sera longuement débattu, je voudrais faire quelques commentaires sur la forme. En ces temps de visite papale et de laïcité positive, depuis quelque mois, suivant le mouvement général, les élus vont processionnant en cortège consensuel , chantant la gloire de la démocratie locale participative. En tête ceux qui ont fréquentés les chapelles ségoléliennes, mais aussi ceux que l’on voit plutôt aux vêpres sarkosiennes et qui s’y sont mis récemment, convertis par l’intercession de Saint Grenelle.
Belle chorale , chantant à l’unisson. On peut cependant se demander si ils ont vraiment prêté attention aux paroles de ces si jolis cantiques..
On a là, un aeropage d’élus, tous majoritaires dans leur commune par définition, plutôt copains et consensuels entre eux , en dehors des périodes de chasses à l’électeur , se réunissant périodiquement et adoptant le plus souvent à l’unanimité des décisions techniques et administratives préparées par le bureau et les services.
Comme ce sont des gens ordinairement sincères dévoués et intelligents, ils pensent que leurs décisions sont bonnes en soi et bonnes pour ceux, le citoyen, l’électeur , l’habitant, le contribuable , qui sont concernés par la décision.
Sauf que le pékin de base considère de moins en moins que la démocratie se résume pour lui à passer tous les 5–6 ans dans un isoloir, même pas d’ailleurs pour la CCPR, élue au second ou troisième degré comme les sénateurs, sauf que contrirement aux sénats, la CCPR à de vrais pouvoirs décisifs au final .Sur l'attitude du peuple , on l’a bien vu avec le dossier de FRY a Guémené ou massivement la population ( 400 personnes aux réunion publiques , 3000 pétitions, une association très largement représentative des acteurs de la société civil, y compris d’acteurs par ailleurs antagonistes ) à pris le dossier en main , bousculé le calendrier prudent et l’attitude quelque peu attentiste des élus pour finir par conduire les élus locaux et de la CCPR à siffler sagement à l’unanimité la fin de la partie.
Depuis les élections du printemps le fonctionnement des élus de la CCPR devient très visible du fait de l’action conjuguée, bien que non concertée, de deux électrons libres , l’un élu atypique, l’autre journaliste , et qui l’est presque autant.
Le moelleux rideau qui voilait les fenêtres de la CCPR s’est déchiré. La CCPR va dorénavant agir et décider au regard de tous , tout démocrate devrait s’en réjouir. Les élus seraient bien inspirés d’en tenir compte et de mettre sans tarder en œuvre les outils classiques de concertation avec la population ( commission , consultation organisées des représentants syndicaux, et associatifs , réunions publiques à thème) .
Sinon ils seront à la merci , d’interpellations en ligne et en réunion , face à un public ravi de venir voir « ce qui se passe et qui se dit la dedans » vu que le site de la CCPR se refuse à le publier , en attendant la livraison hebdomadaire des Infos comme d’autres attendent chaque mercredi le Canard Enchaîné. Rigoler des gens de pouvoir quand ils mettent les pieds là où ils ne faut pas, taper sur les têtes qui dépassent là où çà fait mal est un sport qui connaît de nombreux adeptes locaux. Un peu, y compris quand çà se fait à mes dépends , je ne suis pas contre , faut bien rigoler à pas cher car les temps sont durs , mais ce n’est pas çà la démocratie. La balle est dans le camp des élus pour la mise en place d’une démocratie participative au niveau de la CCPR dans une relation directe entre les élus de la CCPR , les citoyens et leurs représentants non politiques C’est l’intérêt de tous et d’abord du leur . Je ne doute pas que beaucoup de ces élus , dont j’ai appris avec satisfaction l’élection il y a quelques mois , n’ont pas oublié les beaux cantiques sur l’écoute de peuple et sa participation à la décision collective , que nous chantions ensemble avec ferveur quand pas encore élus pour ce qui les concernent , nous disions ensemble la messe œcuménique démocratique, durable et participative du bon pays de Redon.
Bonjour,
Au risque d'élargir un peu du sujet, je trouve que ce couac en faveur de l'incinération est un "énervoir" de plus dans la politique des déchets en pays de Redon.
Sans chercher beaucoup, j'en vois quelques autres :
-le déficit d'animation de la politique du tri . Huit ans ans que je suis dans le pays et on a eu une seule fois la visite de jeunes venus nous apporter et nous parler des sacs jaunes. C'était au début. Depuis, pas un coup de fil , et pas beaucoup de com... si ce n'est pour dire qu'il ne faut pas sortir les sacs trop tôt avant la collecte : cela gâche trop le paysage. Discours très incitatif / tri, à n'en pas douter !
Le Tri et la réduction des déchets à la source ne vont pas de soi, surtout dans des communes rurales où on voit encore des brûlis de poubelles entre trois parpaings ou dans des fûts de 200 l !
Sans animation, sans accompagnement régulier et solide auprès des citoyens, comment espérer de réels progrès sur la question des déchets ?
-le nombre de déchets recyclables mais non recyclés (que l'on n'est pas autorisé à placer dans les sacs jaunes) est impressionnant, ici. Et si on va à la déchetterie ...
"Où est-ce que je peux laisser ça, sachant que j'ai pas le droit de le mettre dans le sac jaune ?
- Oh , ça, on le met dans le tout venant !
- Oui, mais y a un triangle qui dit "recyclable" , là.
- Non, Non. ça c'est pour le tout venant."
Bref, pour la Mayenne ou pour Vitré. Manque de filières de recyclage à des coûts acceptables, paraît-il. Faut pas plomber la facture. Enfin, la nôtre. Pour celle de nos enfants, on verra après !
Une question pour terminer : comment et où, en tant que citoyen lambda, pas élu, pas encarté, mais motivé, peut-on intervenir dans ce débat en Pays de Redon ?? Je connais d'autres personnes sensibilisées par cette question.
Et bravo pour ce blog.
Et merci à celle qui me l'a fait connaître.
JM
Je constate que le sujet ne laisse pas les habitants du Pays de Redon indifférents... C'est heureux!
Pour répondre à la question de Jean Marie, il est possible de se joindre à un groupe de réflexion citoyenne autour des déchets au ... conseil de dvpt du Pays de Redon. Il faut pour cela contacter Nicole Giraud au Pays et lui demander la date de la prochaine réunion. D'autre part, René fait référence aux travaux du groupe déchets (du conseil de dvpt) sur ce sujet. ''le livre blanc des déchets est consultable sur le site internet du Pays : www.pays-redon-vilaine.fr .
Des décisions importantes seront prises par les élus de la CCPR d'ici un an. Plus les citoyens s'investiront dans la réflexion, plus leurs avis seront pris en compte par les élus ...