Tout d'abord , notons la présence dans la majorité actuelle de la municipalité redonnaise de 2 membres du parti breton : Emile Granville et Gael Le Bras. Ce sont les 2 personnes à l'origine de la signature de la charte Ya d'ar brezhoneg. Si pour ma part , je suis complètement favorable à cette charte et notamment à Redon (pour des aspects liés à son histoire et à la dynamique actuelle observée dans les classes bilingues) je suis par ailleurs assez ulcéré par la manière dont a été adoptée la signature de cette charte.

Le 8 avril, Gael Le Bras prenait la responsabilité d'un groupe appelé "conseil consultatif de la culture et de l'identité bretonne". Sont réunis les associations culturelles bretonnes œuvrant sur le territoire de la ville de Redon. Lors de la première réunion, Ofis ar brezhoneg par la présence Visant Roue de Nantes explique ce qu'est la charte Ya d'ar Brezhoneg. Jusque là tout va bien.

Toutefois à la réunion du 17 juin, le conseil consultatif invite de nouveau Visant Roue pour présentation plus détaillée de la charte aux associations mais toujours rien sur la nature des actions engagées... Le compte-rendu indique seulement que : " ... la charte de la langue bretonne sera présentée au conseil municipal de rentrée après les grandes vacances". A la réunion du 30 septembre, la charte Ya d'ar brezhoneg ne faisait pas partie de l'ordre du jour du conseil consultatif. En résumé, les associations culturelles bretonnes ont bien été informées de l'intention de la mairie de signer la charte, mais n'ont été nullement amenées à se prononcer sur les actions choisies par la mairie ni sur le niveau visé. Il faut dire que la ville de Redon n'a pas été de main morte et signe d'emblée le niveau 2 sans passer par le 1er niveau!

Pour comparaison, je prendrai la commune de Plescop (près de Vannes) qui a signé et mis en place depuis plusieurs années le niveau 1. Mme Nelly Fruchard, maire de Plescop s'est beaucoup investie personnellement dans cette sensibilisation auprès de ses habitants. Elle m'a récemment confié que c'était là un travail passionnant car cela touchait à l'identité profonde de sa commune et de ses habitants mais qu'il fallait tenir compte de l'avis du plus grand nombre et ne pas brusquer la sensibilité des personnes. Ce travail de longue haleine va bientôt se traduire par l'adoption du niveau 2 de la charte sur la commune. La commune fêtera cela dans le courant de l'hiver...

Nous sommes très loin de cette démarche à Redon... Quels sont les risques encourus désormais?

Il s'agit ni plus ni moins d'une situation de rejet par la population sachant qu'en plus nous sommes en Haute Bretagne et que des revendications linguistiques autour du gallo commencent aussi à se faire jour. Et c'est légitime !

J'ai exprimé hier soir au conseil municipal que la charte était un excellent outil pour la promotion de la langue bretonne si elle est adoptée dans la véritable concertation et le débat démocratique mais qu'elle pouvait s'avérer catastrophique s'il elle était poussée de manière volontariste. Une récente actualité en Pays de Carentoir (panneaux bilingues français-bretons contestés par une association) auraient pu éclairer les militants du parti breton à Redon ! Le projet d'une filière bilingue a avorté à cause de cette signalétique qui a provoqué une réaction d'hostilité dans le pays. Il n'est pas impossible que la langue bretonne elle-même subisse en Pays de Redon un certain préjudice en retour car lorsque les moyens publics ne sont pas en adéquation avec la demande sociale, il y a rejet par la population dans ce type d'action.

Enfin le vote de la charte s'est avéré très laborieux hier soir pour la majorité puisque 6 voix ont manqué dans leurs rangs pour approuver cette charte, et ce, pour la première fois depuis les élections municipales :soit près de la moitié du conseil municipal à s'abstenir (13 voix sur 28) ! C'est un camouflet. La municipalité n'a pas compris que la signature Ya d'ar brezhoneg était un outil pour le développement de la langue et non une finalité ... C'est la dynamique générée par la charte qui est importante et non le niveau atteint à la première signature !

Comment envisager les choses à l'avenir ? Tout ce qui touchera à la langue bretonne sera-t-il tabou ? Je ne le souhaite absolument pas, bien au contraire! Il faudra que la municipalité redonnaise tire les conséquences de ce cafouillage et apprenne les bases du "débattre ensemble..." qu'on appelle la démocratie participative (dont beaucoup s'en prévalent mais peu savent réellement le mettre en oeuvre). Pour retrouver une certaine crédibilité sur le sujet, la municipalité devra rebattre les cartes ou assumer toute seule les conséquences de son volontarisme... en croisant les doigts que cela n'entache pas la dynamique locale autour de la langue bretonne!

JF

ci-dessous l'article- bien pâlichon sur le rendu du débat d'hier soir -par Ouest-France

Soutien à l'enseignement du breton, message bilingue sur le répondeur, nouveaux noms de rues en breton... Ce sont quelques-unes des propositions écrites dans la charte de la langue bretonne. La municipalité souhaite mener une dizaine d'actions (niveau 2 de la charte) permettant de soutenir et de rendre plus visible la langue bretonne à Redon.

L'opposition demande un report du vote. « Notre groupe est favorable à la langue bretonne mais nous ne sommes pas d'accord sur la méthode. Il faut débattre du contenu de la charte », précise Jean-François Lugué. Et Francis Macé de se plaindre d'« un déficit de concertation. Et n'oublions pas le gallo ! »

« Il y a une demande locale très forte d'adhésion et les mesures retenues sont raisonnables », estime Émile Granville. Pour Vincent Bourguet, « cette charte permet un enrichissement ». Adopté sans l'aval de l'opposition et de quelques conseillers de la majorité qui s'abstiennent.