Alors que la majorité silencieuse des redonnais n'avait rien réclamé, le 10 Octobre, une petite majorité du conseil municipal a décidé d'adhérer à la "Charte de la langue bretonne".

Il y avait beaucoup d'enseignants autour de la table mais pas beaucoup de pédagogie. C'est quoi cette "charte de la langue bretonne" ? Dans cette maison du peuple transformée en cercle des initiés, quelques personnes averties évoquent comme des évidences partagées par tous, de mystérieux niveaux 1,2 et 3 à franchir ou pas, et autres actions à entreprendre...

Le profane remarque très vite l'énervement contenu mais bien réel de Jean-François Lugué. Le conseiller municipal de l'opposition craint que cette "politique trop volontariste suscite un rejet dans l'opinion", en particulier parmi ceux pour qui la langue bretonne n'évoque pas grand chose ( kenavo , yec'hed mat) voire presque rien. C'est à dire finalement la même majorité silencieuse des Redonnais.

Et Jean-François Lugué de prévenir ses collègues :" cette charte est un outil, pas une finalité". Fervent militant de la cause bretonne depuis des lustres, le nouvel élu de la République française est favorable à cette adhésion, mais déplore la méthode et l'absence de concertation avec les associations de culture bretonne.

Evidemment, Emile Granville, son ancien compagnon de route de l'UDB, pense exactement le contraire. (organe mis en place par la Ville cet été, regroupant les associations locales qui défendent la culture bretonne). Les mesures que nous avons prises sont raisonnables. Elles seront "Tous les points ont été discutés au sein du conseil consultatif de l'identité bretonne"bien vécues par l'ensemble de la population. Il n'est donc pas utile d'agiter le chiffon rouge."

Francis Macé (opposition) déplore lui aussi "l'absence de démocratie participative. La Bretagne est diverse. Il y a aussi le gallo. Il faut rester très mesuré dans cette affaire, car il s'agit s'une question sensible". Pour Vincent Bourguet , maire, cette adhésion est synonyme "d'enrichissement et d'appropriation de son passé". Le maire assure que "les conséquences budgétaires ne seront pas importantes". Voilà, c'est tout, on n'en saura pas davantage.

l'oubli du maire

Cette adhésion qui suscite déjà la contreverse s'est déroulée dans des conditions de vote pour le moins confuses. Le maire a d'abord demandé qui y était favorable, en oubliant de demander qui ne l'était pas et qui s'abstenait. mais Francis Macé veille au grain! Et d'enjoindre le maire à recommencer. Sans rien oublier cette fois. Heureusement. En effet, le résultat de ce 2ème vote à main levée effectué dans les règles, a permis de constater que 6 conseillers municipaux de la majorité avaient décidé de s'abstenir: à savoir , JL Guillaume, Françoise Mellier, Antoine Montfort, Josette Jugé, Chantal Noblet et Rolland Bailleul. Dominique Vinouze, autre conseiller de la majorité, avait quitté la salle bien avant la délibération. Autrement dit, sur 28 conseillers votants, 13 n'ont pas voulu ratifier cette charte. Si ce n'est pas un camouflet cela y ressemble drôlement!

Jean-François Lugué avait sagement demandé un report. Il n'a pas été suivi. Sur leur cheval de Troie, les 2 militants du Parti Breton (Gael Le Bras et Emile Granville) ont apparemment réussi leur coup. Reste que ce "passage en force" a semé le doute, dans la majorité comme dans l'opposition.

Il faudrait être bien naïf pour penser que derrière les motifs culturels et touristiques affichés, ne se câche pas un enjeu politique, plus ou moins avoué et partagé, en faveur de la celtisation d'un territoire (à commencer par son espace public) ou la langue n'a jamais fait carrière. L'Office de la langue bretonne ne laisse d'ailleurs planer aucun doute sur ses intentions: "Nous souhaitons que l'accord Ya d'ar brezhoneg" garantisse l'avenir de langue bretonne dans l'ensemble de la Bretagne du XXIème siècle."

Même si les partisans de l'autonomie bretonne demeurent très minoritaires en 2008, ils n'ont pour autant pas renoncé à leur objectif de reconquête : et celui-ci devra passer par la réunification administrative et l'unification linguistique des 5 départements de la Bretagne historique.