Article des Infos sur la charte "Ya d'ar brezhoneg"
Par JF Lugué le lundi 27 octobre 2008, 22:15 - Lien permanent
Vous trouverez ci-dessous un des
articles du journal Les Infos (n°1708) à propos de la charte
Ya d'ar brezhoneg adoptée en conseil municipal. C'est une
bonne analyse de ce qui s'est passé en conseil municipal du 10 Octobre, même si
je ne partage pas le scepticisme et la conclusion de son auteur: Jacques
Faucheux.
Langue bretonne : la confusion
Presque la moitié des conseillers municipaux redonnais n'ont pas voulu voter en faveur d'une "charte de la langue bretonne" méconnue du grand public. A quelques jours de la grande fête du Pays gallo, la cité de Saint-Conwoion a adhéré dans la douleur à la charte de la langue bretonne. Au programme: des plaques de rues bilingues, une crèche en langue bretonne... avant de tomber dans les panneaux bilingues aux entrées de la commune ?
Alors que la majorité silencieuse des redonnais n'avait rien réclamé, le 10 Octobre, une petite majorité du conseil municipal a décidé d'adhérer à la "Charte de la langue bretonne".
Il y avait beaucoup d'enseignants autour de la table mais pas beaucoup de pédagogie. C'est quoi cette "charte de la langue bretonne" ? Dans cette maison du peuple transformée en cercle des initiés, quelques personnes averties évoquent comme des évidences partagées par tous, de mystérieux niveaux 1,2 et 3 à franchir ou pas, et autres actions à entreprendre...
Le profane remarque très vite l'énervement contenu mais bien réel de Jean-François Lugué. Le conseiller municipal de l'opposition craint que cette "politique trop volontariste suscite un rejet dans l'opinion", en particulier parmi ceux pour qui la langue bretonne n'évoque pas grand chose ( kenavo , yec'hed mat) voire presque rien. C'est à dire finalement la même majorité silencieuse des Redonnais.
Et Jean-François Lugué de prévenir ses collègues :" cette charte est un outil, pas une finalité". Fervent militant de la cause bretonne depuis des lustres, le nouvel élu de la République française est favorable à cette adhésion, mais déplore la méthode et l'absence de concertation avec les associations de culture bretonne.
Evidemment, Emile Granville, son ancien compagnon de route de l'UDB, pense exactement le contraire. (organe mis en place par la Ville cet été, regroupant les associations locales qui défendent la culture bretonne). Les mesures que nous avons prises sont raisonnables. Elles seront "Tous les points ont été discutés au sein du conseil consultatif de l'identité bretonne"bien vécues par l'ensemble de la population. Il n'est donc pas utile d'agiter le chiffon rouge."
Francis Macé (opposition) déplore lui aussi "l'absence de démocratie participative. La Bretagne est diverse. Il y a aussi le gallo. Il faut rester très mesuré dans cette affaire, car il s'agit s'une question sensible". Pour Vincent Bourguet , maire, cette adhésion est synonyme "d'enrichissement et d'appropriation de son passé". Le maire assure que "les conséquences budgétaires ne seront pas importantes". Voilà, c'est tout, on n'en saura pas davantage.
l'oubli du maire
Cette adhésion qui suscite déjà la contreverse s'est déroulée dans des conditions de vote pour le moins confuses. Le maire a d'abord demandé qui y était favorable, en oubliant de demander qui ne l'était pas et qui s'abstenait. mais Francis Macé veille au grain! Et d'enjoindre le maire à recommencer. Sans rien oublier cette fois. Heureusement. En effet, le résultat de ce 2ème vote à main levée effectué dans les règles, a permis de constater que 6 conseillers municipaux de la majorité avaient décidé de s'abstenir: à savoir , JL Guillaume, Françoise Mellier, Antoine Montfort, Josette Jugé, Chantal Noblet et Rolland Bailleul. Dominique Vinouze, autre conseiller de la majorité, avait quitté la salle bien avant la délibération. Autrement dit, sur 28 conseillers votants, 13 n'ont pas voulu ratifier cette charte. Si ce n'est pas un camouflet cela y ressemble drôlement!
Jean-François Lugué avait sagement demandé un report. Il n'a pas été suivi. Sur leur cheval de Troie, les 2 militants du Parti Breton (Gael Le Bras et Emile Granville) ont apparemment réussi leur coup. Reste que ce "passage en force" a semé le doute, dans la majorité comme dans l'opposition.
Il faudrait être bien naïf pour penser que derrière les motifs culturels et touristiques affichés, ne se câche pas un enjeu politique, plus ou moins avoué et partagé, en faveur de la celtisation d'un territoire (à commencer par son espace public) ou la langue n'a jamais fait carrière. L'Office de la langue bretonne ne laisse d'ailleurs planer aucun doute sur ses intentions: "Nous souhaitons que l'accord Ya d'ar brezhoneg" garantisse l'avenir de langue bretonne dans l'ensemble de la Bretagne du XXIème siècle."
Même si les partisans de l'autonomie bretonne demeurent très minoritaires en 2008, ils n'ont pour autant pas renoncé à leur objectif de reconquête : et celui-ci devra passer par la réunification administrative et l'unification linguistique des 5 départements de la Bretagne historique.
Commentaires
Je comprend très bien qu'une adoption aux forceps soit difficile à encaisser, cela dit, le jeu de la démocratie veut que la majorité l'emporte. Quand aux amalgames du journaliste entre autonomie et langue bretonne, qui avancerait cachée via les sbires impérialistes de l'Office de la langue Bretonne (organisme créé par l'Etat et le Conseil régional), tout cela me semble bien exagéré et parti pris.
Très bonne analyse. J'adhère totalement à la conclusion. La signalitique bilingue à Nantes et Rennes est là pour nous montrer dans les faits cette politique de celtisation forcenée de la bretagne gallèse.
Je comprends maintenant pourquoi M. Granville a choisi le Parti Breton (et a quitté l'UDB dont il était je crois membre du bureau).
L'UDB n'est plus que la caution bretonne du PS.
Il n'y a plus vraiment de sincérité dans l'engagement de l'UDB, ni d'ailleurs de différence avec le PS
"Celtisation forcenée de la Bretagne gallèse" : cette affirmation me semble excessive. Si la langue bretonne a du succès en Haute Bretagne (succès relatif, il faudrait voire les chiffres des enfants scolarisés en breton, et le nombre d'écoles bilingues sur ce territoire, qui je crois rest assez faible) c'est que la population le veut bien, ce n'est en rien une imposition politique par la force ! Il est vrai que le mouvement de valorisation de la langue bretonne est plus dynamique que celui du gallo, et c'est bien dommage. Cela dit Rennes et Nantes sont à mon avis de mauvais exemples, puisque des communautés brittophones y ont existé depuis fort longtemps.
On pourrait également avancer des arguments historiques sur les liens du breton avec la haute Bretagne... En tout cas il me semble que la promotion du breton n'est incompatible avec celle du gallo. Par exemple, je serais ravis le jour Nantes, ou Rennes aura des panneaux trilingues, comme par exemple à Bayonne : occitan, basque, français.
Le succès de la langue bretonne est affaire de l'enseignement, souvent dans des filières privées. Son incursion dans la sphère publique est autre chose. Nous sommes face à une tentative d'imposer le breton. Ce n'est pas parce que des communautés brittophones existent à Nantes et Rennes (comme à Paris d'ailleurs) que cela justifie de mettre du Naoned partout. Pour mémoire, l'extrème avancée du breton au IXe siècle n'incluait nullement Nantes et Rennes. En outre même à son apogée, le breton ne fut pas forcément majoritaire dans les zones où il était parlé.
L'affaire de Redon est révélatrice de la stratégie d'occupation du terrain et de "bretonistation" de la vie publique de la Haute-Bretagne où la population ne demande rien. Les excités d'A'ita ne font-ils pas des actions d'éclat à Rennes pour brezhoneguiser le métro, les gares, etc. Toute action entrainera à plus ou moins long termes des réactions qui iront peut-être vers le réjet du breton. L'instrumentalisation politique du breton risque de lui porter plus de tords qu'autre chose. Le Parti Breton, parti indépendantiste, dans son rejet de tout ce qui est français oublie que les habitants de haute-bretagne sont eux aussi historiquement issues de cette culture française honnie.
Les commentaires que je lis découlent, quelque soit l'opinion émise, non pas de connaissances précises sur la Bretagne, mais d'idées reçues façonnées par le pouvoir jacobin français pour qui le monolinguisme est exclusif. Pour ceux-ci, on ne peut parler qu'une langue et une seule. Ceci est une anomalie typiquement française dans un monde multilingue. Pas plus tard que hier soir, je cherchais des notes sur le groupe africain Touré Kounda et j'ai lu sur Wikipedia qu'ils chantaient en 6 langues différentes , toutes sénégalaises, ce qui est inconcevable en France.
Pour ce qui est de la Bretagne, je crois que la priorité est dans l'enseignement de son Histoire. Celui qui s'intéresse à notre pays, sans parti pris entre Haute et Basse_Bretagne, se rendra compte que la Bretagne, ce n'est pas seulement 2000 ans de tolérance entre sa partie romane et sa partie celtisante. C'est en fait beaucoup plus que ça. La Bretagne, c'est 2000 ans d'enrichissement mutuel entre le monde roman et le monde celtique. Il y a des termes romans dans le breton comme il y a des termes celtiques dans le gallo. Peu semblent le savoir. Bien souvent, ceux qui défendent le breton ignorent le gallo. Quant à ceux qui s'offusquent de la percée du breton en Haute-Bretagne, c'est pire encore car sous le prétexte de se trouver en pays gallo, ils rejettent le breton, mais sans rien faire pour la survie du gallo !
J'invite donc tous et toutes à la découverte de la Bretagne dans son caractère multiculturel. Ce ne peut être que positif, d'abord pour eux-même, mais aussi pour tous.
Le français n'est -il pas une langue étrangère en Haute-Bretagne si je reprends les arguments des oposants au breton ?
Oups, "opposants" et "Deléon"...
A Albert M.
Autant j'estime qu'il faut aller prudemment (et dans la concertation) en matière de « bretonnisation » de l'espace public, autant je ne partage pas votre point de vue.
La langue bretonne n’aurait elle le droit que de régresser jusqu’à mourir ? C’est ce que vous semblez entendre. Vouloir cantonner la langue bretonne à son espace « historique » (qui reste à définir), c’est la condamner à coup sûr. Les locuteurs de breton de demain sont dans les villes, et il me semble normal que les municipalités accompagnent l’essor du breton. Si les Bretons tiennent à sauver leur langue, alors il faut que les enfants de Bretagne voient et entendent du breton à l’extérieur de l’école. L’anglais à quant lui conquis leurs espaces ludiques depuis longtemps. La langue Bretonne n’est pas moins légitime en Bretagne que l’anglais.
La ligne « politique »à suivre, quoi qu'on en dise, est ténue : il faut être suffisamment obstiné pour réclamer que la langue bretonne dispose des mêmes moyens que les autres petites langues d’Europe (mieux loties…) et il faut engager dans chaque commune un réel débat pour que cet accompagnement de la langue bretonne soit vécu comme un choix collectif responsable (quitte à ce que cela n’avance pas dans un premier temps…).
Les deux membres du PB ont apparemment bien argumenté puisqu'ils ont réussi à introduire le breton à la mairie de Redon, ville hautement symbolique, ce que personne n'était parvenu à faire jusque-là.
Le reste n'est que parlotte, querelles politiques, jalousies ou anti-bretonnisme caché.
Rappelons d'ailleurs que non loin de là des panneaux ont été dégradés suite aux actions de l'AOSB.
Des militants de SAB ont été lourdement condamnés suite aux actions menées sur quelques panneaux (12 pour la dernière personne condamnée à verser des sommes inconsidérables). Cette fois, aucune enquête n'est menée : détruire des panneaux en breton semble légal.
-De la parlotte ? Objectivement, on peut dire plutôt une certaine ... passion, vu le nombre de commentaires que cela suscite.
-Des jalousies ? Je vois pas de qui! Surtout pas de moi...
-Anti-bretonnisme ? Cherchez ailleurs vous n'êtes pas sur la bonne piste .
-Querelles politiques ? Mais tout est politique...Y compris le sort de langue bretonne.
Nous divergeons sur les moyens à mettre en oeuvre pour aider la langue bretonne : certains vont au bazouka, moi je préfère la persuasion par la concertation. C'est sans doute cela que vous appelez la parlotte.
Oui, c'est celà.
Toutefois, ces propos n'étaient pas à votre intention bien évidemment mais tournés vers les opposants au breton à Redon.
Albert M. a écrit
"L'instrumentalisation politique du breton risque de lui porter plus de tords qu'autre chose. Le Parti Breton, parti indépendantiste, dans son rejet de tout ce qui est français oublie que les habitants de haute-bretagne sont eux aussi historiquement issues de cette culture française honnie."
Si le breton n'était pas défendu par des politiques comme monsieur Granville (ou l'UDB ailleurs, personne n'a le monopole de la défense de la langue !) la langue aurait bien disparue depuis longtemps.
C'est parce qu'elles ont regagné leur existence dans la sphère publique que le catalan ou le gallois sont maintenant dynamiques et progressent en nombre de locuteur. Si on ne fait pas pareil, la langue aura disparue dans quelques décennies. Il n'y a pas d'alternative.
Quant aux arguments sur la celtisaiton, j'ai du mal à comprendre. Je n'ai jamais entendu monsieur Granville dire qu'il voulait chasser la culture française de Redon. En bon franchouillard, vous transposez vos réflexes sur les autres : défendre une culture ne se fait pas au détriment des autres. Les cultures se superposent, elles ne se combattent pas.
Noz vad dan oll
Je pense que quelque part il y a une confusion entre la volonté de renaissance du breton langue qui a pour ancêtre le britonique insulaire et le gaulois qui étaient deux langues similaires (déjà à l'époque de la guerre des Gaules l y eu un corps expéditionnaire de deux mille bretons insulaires à Alésia ).Donc quelque part le breton a une légitimité historique non seulement sur la Bretagne mais sur l'ensemble de l'hexagone et même au de là par antériorité au français .Cette langue antique géographiquement importante a résisté quasiment que dans la partie Ouest de la Bretagne et sans volonté militante elle était condamné à disparaitre .Et ce serait tout fait normal qu'elle retrouve sa place de part l'héritage que représente la culture celtique pour l'Europe et le breton d'Armorique en ait un de ces reflets vivants .Quand on prend les grand blocs linguistiques d'Europe Scandinaves slaves germains latins les langues celtiques auraient très bien pu être dans ce rang si l'histoire ne leur avait pas été fatale .Par contre un pays une langue ce n'est pas très conforme à la réalité et la meilleure preuve c'est que la dans la Bretagne ducale indépendante plusieurs langues étaient parlées et c'est vrai que aujourd'hui ceux qui mènent le combat pour l'émancipation de la Bretagne devrait tenir compte de la réalité britto romane en haute Bretagne d'autant plus qu'il existe des militants de la culture gallèse qui rejoignent cette idée .Il faut savoir aussi que certains pays tel l'Allemagne actuelle a signée la charte des langues minoritaires par refus du principe une langue un peuple ,des pays comme la Suisse ont quatre langues et je parle pas des nouvelles républiques d'Europe de l'est libérées du joug sovieto russe ...Donc pour conclure je dirais que d'une part on doit faire la promotion de la langue bretonne même au delà des limites de la Bretagne mais ce serait une erreur de l'imposer un peu trop par la force en Haute Bretagne ce serait du pain béni pour les ennemis de l'émancipation de la péninsule .