Le fait que ces projets soient défendus par presque toute la classe politique, traduit bien l'impuissance de celle-ci pour sortir le Pays de sa torpeur. La querelle récente opposant Droite et Gauche sur le financement de ces futures infrastructures n'est là que pour masquer cet état d'impuissance. En effet, alors que l'inutilité des autoroutes en terme de développement économique et l'impact négatif de celles-ci en matière environnementale sont manifestes, nos édiles locaux, sans doute autistes, semblent avoir tout misés sur le développement de ces infrastructures routières! Les politiques redonnais auraient-ils un quart de siècle de retard ?

            Le rapport de la Cour des Comptes publié en juin 99 constitue une condamnation sévère du système autoroutier de notre pays. C'est un réquisitoire accablant pour tous les élus locaux, parlementaires, ministres de Droite et de Gauche, qui ont approuvé et développé ce modèle du tout-autoroutes sans aucun esprit critique! Ce rapport reprend tous les arguments du mouvement écologiste et associatif en démontrant que le “désenclavement” autoroutier est un leurre. En effet, l’autoroute accentue le plus souvent la désertification des zones rurales traversées; elle ne crée pas d’emplois, elle les déplace. Il ressort que cette voie profite essentiellement aux grandes villes. Dans sa zone d'influence, la population citadine reste relativement stable mais le dépeuplement se poursuit dans les communes rurales.

            En 1950, le rail transportait les deux tiers des marchandises, contre seulement 15% aujourd’hui. Actuellement ce sont 75% des marchandises qui transitent par la route. Le Livre Blanc sur la politique européenne des transports prévoit que les émissions de CO2 dues au transport devraient augmenter d’environ 50 % entre 1990 et 2010, atteignant les 1,113 milliard de tonnes d’émissions, contre les 739 millions constatés en 1990. Le transport routier est le principal responsable de cette situation puisque, à lui seul, il représente 84 % des émissions de CO2 imputables aux transports. Par ailleurs, on met souvent en avant le manque de compétitivité du transport ferroviaire en omettant d'intégrer au coût du transport routier les investissements publics très importants réalisés dans les infrastructures routières et une main d'oeuvre de conducteurs sous-payée.

            Le BIPE (société d’études économiques et de conseil en stratégie) a publié, en juin 2007 une étude fort intéressante. Celle-ci confirme le renversement de tendance en matière de transport. Elle montre, chiffres à l’appui, la stagnation et même un début de décroissance du trafic automobile. Alors que le nombre de kilomètres parcourus chaque année par l’ensemble de la population avait augmenté de 15 % entre 1995 et 2003, il a diminué depuis de 2 % en trois ans. On peut faire le même constat pour le transport aérien. Alors pourquoi continuer dans cette voie sans issue ?

             D’autres façons d'envisager la vie économique locale sont possibles. La relocalisation des activités économiques est  rendue nécessaire par un usage sobre des ressources énergétiques non renouvelables.

            80% des humains vivent sans automobile, sans réfrigérateur ni téléphone. 94%  n’ont jamais pris l’avion. Il y a urgence à abandonner notre mentalité d’habitants des pays riches pour nous mettre au diapason de la planète et envisager l’humanité comme une et indivisible…