Le premier à réagir à l'installation de ces panneaux a été Jacques Faucheux du journal Les Infos qui titre il y a près de 2 semaines: "2000 euros" pour les panneaux bilingues à Redon. Problème: la lecture du titre et du contenu de l'article induit le lecteur une piste hasardeuse: ce serait la perpective de la signature de la charte "Ya d'ar brezhoneg" par la ville qui aurait motivé l'installation de ces panneaux... Une lecture rapide de l'article peut laisser entendre aussi que le bilinguisme "coûterait" cher à la collectivité, dans le contexte de récession que nous connaissons. Ce qui évidemment est erroné, car le surcoût n'excède pas généralement 5 à10% par rapport à une signalétique monolingue.
Jean René Marsac (député de la circonscription) reprend à son compte un certain mécontentement populaire en disant au journaliste qu'il est "choqué" par une telle décision. Tiens! Moi qui croyait naïvement que JR Marsac avait inscrit la ratification de la charte "Ya d'ar brezhoneg" dans son programme électoral aux municipales de 2008 ?... A moins qu'il n'en profite ici pour règler ses comptes avec son vieil ami Emile Granville. JR Marsac déclare encore :"je soutiens la création de poste dans l'enseignement bilingue" au titre de sa fonction de conseiller régional. Jean René Marsac veut donc bien du breton dans les classes mais pas dans la rue. Ecrire le breton (et le parler?) dans les classes seulement. Est-ce bien sérieux mon cher Jean-René ? Va-ton ghettoïser la langue bretonne au prétexte qu'on ne le parle plus à Redon depuis le 12ème siècle? (information quand même : 250 enfants suivent un enseignement bilingue à Redon...). Doit-on avancer à un train de sénateur pour pouvoir sauver la langue bretonne, dont JY Le Drian lui-même, reconnaît comme une des priorités politiques pour la Bretagne?

Une nouveauté dans le débat : la création d'une nouvelle association pour la défense du gallo : " Lez Belion Chomae" (n'y a -t-il pas d'ailleurs une faute ?...). Les responsables de cette nouvelle association basée à Redon ont récemment publié une lettre dans laquelle ils "regrettent l'initiative des panneaux bilingues". Malheureusement pas de propositions dans leur lettre, seulement des regrets...

Je finis par avoir la conviction que c'est finalement la prise de conscience sur la langue bretonne qui fait avancer la cause du gallo... Nos militants du gallo auraient ils la naïveté de penser que l'éradication de la langue bretonne à Redon dynamiserait l'essor du gallo? Je ne l'espère pas. Qu'ils regardent donc de près les initiatives menées ces dernières années sur Redon en faveur du gallo, et ils devraient y apercevoir des militants "plurilingues" qui défendent l'intérêt des 2 langues traditionnelles de Bretagne...

Pas très positif tout ça! Alors? Qu'en pensent les militants de l'UDB du Peï de R'don (dont je suis) ?

Tout d'abord, je rappelle que nous nous sommes prononcés évidemment plusieurs fois pour la signature "Ya d'ar brezhoneg" pour la ville de Redon. Cette conviction est partagée par les membres de l'opposition de gauche de la municipalité actuelle. Toutefois, il nous a semblé que les méthodes "volontaristes" de l'actuelle mairie n'étaient pas les bonnes et pouvaient susciter, et suscitent d'ailleurs aujourd'hui, des positions de rejet (voir articles précédents sur ce sujet). En effet, tout ce bilinguisme doit se faire dans la transparence notamment au sein du "conseil consultatif de la culture bretonne" mise en place par la municipalité. Ce qui n'a pas été le cas pour le moment. Comme je l'ai déjà expliqué, il aurait mieux valu que les responsables actuels de la mairie agissent par palier plutôt que de viser un niveau très élevé qui sera difficile à conserver sans "retour de bâton" (comme on l'observe aujourd'hui). Il y aurait eu un véritable défi collectif mené avec les associations culturelles bretonnes. La méthode doit être "démocratiquement exemplaire" si on veut sauver la langue bretonne (ou agir pour toute autre cause noble)...

D'autre part, afin de ne pas envenimer les choses, il me semble urgent d'intégrer dans le fameux conseil, l'association de promotion du gallo. Ayant posé la question lors de la dernière réunion, Emile Granville me répond, que ce sera à eux d'en faire la demande !.. Donc 2 poids, 2 mesures ... Les autres associations culturelles présentes autour de la table ont elles été sollicitées par la mairie!

Fort heureusement, l'essentiel des responsables associatifs présents ont considéré qu'une proposition doit être faite à cette association. Je veillerai pour ma part à defendre cet objectif car il me semble fondamental que soit débattu au sein de ce groupe la place du gallo (dans Redon et son Pays). Il est tout à fait possible d'intensifier des opérations de sensibilisation au gallo auprès des jeunes notamment. Toute la problématique linguistique de la Haute Bretagne ne se résume pas à l'instauration de panneaux bilingues! (ou trilingues, pourquoi pas ?)

Se réunir autour d'une table, pour discuter d'avenir des langues et non pour être une chambre d'enregistrement de décisions prises par quelques personnes, voilà encore une révolution à faire à Redon...