Polémique gallo-breton à Redon c'est reparti!
Par JF Lugué le dimanche 22 mars 2009, 22:39 - Lien permanent
Les nouveaux panneaux bilingues installés aux rond-point de Redon, n'ont visiblement pas laissé les redonnais insensibles... Atteinte aux principes républicains pour certains, atteinte à l'identité gallèse (ou à la langue gallèse) ou encore "incongruïté" pour d'autres, sont quelques unes des réactions dont j'ai pu avoir écho suite à la décision de la ville de mettre en place ces panneaux bilingue (français-breton).
Le premier à réagir à l'installation de ces panneaux a été Jacques Faucheux
du journal Les Infos qui titre il y a près de 2 semaines: "2000 euros"
pour les panneaux bilingues à Redon. Problème: la lecture du titre et
du contenu de l'article induit le lecteur une piste hasardeuse: ce serait la
perpective de la signature de la charte "Ya d'ar brezhoneg" par la ville qui
aurait motivé l'installation de ces panneaux... Une lecture rapide de l'article
peut laisser entendre aussi que le bilinguisme "coûterait" cher à la
collectivité, dans le contexte de récession que nous connaissons. Ce qui
évidemment est erroné, car le surcoût n'excède pas généralement 5 à10% par
rapport à une signalétique monolingue.
Jean René Marsac (député de la circonscription) reprend à son compte un certain
mécontentement populaire en disant au journaliste qu'il est
"choqué" par une telle décision. Tiens! Moi qui croyait
naïvement que JR Marsac avait inscrit la ratification de la charte "Ya d'ar
brezhoneg" dans son programme électoral aux municipales de 2008 ?... A moins
qu'il n'en profite ici pour règler ses comptes avec son vieil ami Emile
Granville. JR Marsac déclare encore :"je soutiens la création de poste
dans l'enseignement bilingue" au titre de sa fonction de conseiller
régional. Jean René Marsac veut donc bien du breton dans les classes mais pas
dans la rue. Ecrire le breton (et le parler?) dans les classes seulement.
Est-ce bien sérieux mon cher Jean-René ? Va-ton ghettoïser la langue bretonne
au prétexte qu'on ne le parle plus à Redon depuis le 12ème siècle? (information
quand même : 250 enfants suivent un enseignement bilingue à Redon...). Doit-on
avancer à un train de sénateur pour pouvoir sauver la langue bretonne, dont JY
Le Drian lui-même, reconnaît comme une des priorités politiques pour la
Bretagne?
Une nouveauté dans le débat : la création d'une nouvelle association pour la défense du gallo : " Lez Belion Chomae" (n'y a -t-il pas d'ailleurs une faute ?...). Les responsables de cette nouvelle association basée à Redon ont récemment publié une lettre dans laquelle ils "regrettent l'initiative des panneaux bilingues". Malheureusement pas de propositions dans leur lettre, seulement des regrets...
Je finis par avoir la conviction que c'est finalement la prise de conscience sur la langue bretonne qui fait avancer la cause du gallo... Nos militants du gallo auraient ils la naïveté de penser que l'éradication de la langue bretonne à Redon dynamiserait l'essor du gallo? Je ne l'espère pas. Qu'ils regardent donc de près les initiatives menées ces dernières années sur Redon en faveur du gallo, et ils devraient y apercevoir des militants "plurilingues" qui défendent l'intérêt des 2 langues traditionnelles de Bretagne...
Pas très positif tout ça! Alors? Qu'en pensent les militants de l'UDB du Peï de R'don (dont je suis) ?
Tout d'abord, je rappelle que nous nous sommes prononcés évidemment plusieurs fois pour la signature "Ya d'ar brezhoneg" pour la ville de Redon. Cette conviction est partagée par les membres de l'opposition de gauche de la municipalité actuelle. Toutefois, il nous a semblé que les méthodes "volontaristes" de l'actuelle mairie n'étaient pas les bonnes et pouvaient susciter, et suscitent d'ailleurs aujourd'hui, des positions de rejet (voir articles précédents sur ce sujet). En effet, tout ce bilinguisme doit se faire dans la transparence notamment au sein du "conseil consultatif de la culture bretonne" mise en place par la municipalité. Ce qui n'a pas été le cas pour le moment. Comme je l'ai déjà expliqué, il aurait mieux valu que les responsables actuels de la mairie agissent par palier plutôt que de viser un niveau très élevé qui sera difficile à conserver sans "retour de bâton" (comme on l'observe aujourd'hui). Il y aurait eu un véritable défi collectif mené avec les associations culturelles bretonnes. La méthode doit être "démocratiquement exemplaire" si on veut sauver la langue bretonne (ou agir pour toute autre cause noble)...
D'autre part, afin de ne pas envenimer les choses, il me semble urgent d'intégrer dans le fameux conseil, l'association de promotion du gallo. Ayant posé la question lors de la dernière réunion, Emile Granville me répond, que ce sera à eux d'en faire la demande !.. Donc 2 poids, 2 mesures ... Les autres associations culturelles présentes autour de la table ont elles été sollicitées par la mairie!
Fort heureusement, l'essentiel des responsables associatifs présents ont considéré qu'une proposition doit être faite à cette association. Je veillerai pour ma part à defendre cet objectif car il me semble fondamental que soit débattu au sein de ce groupe la place du gallo (dans Redon et son Pays). Il est tout à fait possible d'intensifier des opérations de sensibilisation au gallo auprès des jeunes notamment. Toute la problématique linguistique de la Haute Bretagne ne se résume pas à l'instauration de panneaux bilingues! (ou trilingues, pourquoi pas ?)
Se réunir autour d'une table, pour discuter d'avenir des langues et non pour être une chambre d'enregistrement de décisions prises par quelques personnes, voilà encore une révolution à faire à Redon...
Commentaires
Pour connaître quelque peu le Pays de Redon ainsi que les acteurs cités dans cet article, je le trouve d'une grande pertinence !
Il est en effet très juste que l'appropriation de la culture bretonne et de ses langues passe par le débat démocratique, à Redon comme ailleurs en Pays gallo. On pourrait de ce point de vue faire cette remarque au conseil général du morbihan qui par prise de conscience tardive de l'importance de la langue bretonne sur son territoire en a oublié le gallo !
Bravo donc au Pays de Redon pour ses initiatives sur la langue bretonne mais attention à la sous estimation de la méthode, surtout quand on est un élu, au profit du fond : il y a toujours des retours de bâton dans ces cas là...