Conférence du couple Bourguignon : "Il faut revenir à la terre"
Par JF Lugué le lundi 13 avril 2009, 21:41 - Lien permanent
La
conférence de Lydia et Claude Bourguignon à Manivel Cinéma lundi 4 avril a été
suivie par près de 200 personnes et notamment de jeunes agriculteurs du Pays de
Redon. C'est encore un succès pour l'association organisatrice: "DE L'ASSIETTE
AU CHAMP : SANTES DURABLES" qui par cette conférence au contenu très
scientifique et technique, poursuit sa forte sensibilisation du Pays à une
agriculture et une alimentation de qualité.
Quelques vérités ont été dites par ce couple de
biologiste et agronome démissionnaires de l'INRA. Ils ont taillé en pièce un
certain nombre d'arguments de l'industrie agro-alimentaire, notamment la
soit-disante « performance productive » de l'agriculture
intensive.
Morceaux choisis :
«Il faut que votre sol soit aéré. Qui fait l'aération ? La faune. Si vous commencez à mettre des engrais chimiques vous minéralisez votre matière organique: s'il n'y a plus de matière organique alors il n'y a plus de faune; plus de faune, plus d'oxygène; plus d'oxygène, plus de possibilités pour les microbes de nourrir la plante et vous devenez totalement addict des engrais chimiques. C'est un mécanisme remarquable qu'on appelle un marché captif : vous vendez des engrais chimiques aux agriculteurs, ça tue la faune, ça rend impossible l'assimilation par les microbes, les plantes sont mal nourries, tombent malades, vous vendez des produits phyto-sanitaires, les gens mangent des plantes malades, tombent eux-mêmes malades et sont soignés. Ce sont les mêmes entreprises qui font les engrais, les produits phyto-sanitaires et vendent les ... médicaments.
(...) Celui qui fait une association : maïs, haricots (qui s'enroule autour du plant de maïs) et courge (entre les rangs de maïs) possède une productivité à l'hectare qu'aucune agriculture intensive n'est capable de réaliser. Par contre, il faut beaucoup de main d'oeuvre, ce qui fait une plus faible productivité par homme. Mais s'il y a autant de gens qui meurent de faim aujourd'hui c'est à cause de l'industrie intensive, car cette agriculture n'est performante qu'en productivité par homme seulement mais pas du tout par hectare*! L'agriculture traditionnelle est de loin la plus productive par hectare.(...)
Nous avons travaillé sur Bali (ile de Java). Sans engrais chimique et uniquement avec les rotations des cultures, on y fait par an 120 quintaux de riz/ha avec la complicité des canards (qui compostent derrière eux les restes des cultures précédentes et les limaces...). C'est énormément plus productif que chez nous. La main d'oeuvre est énorme et ils nourrissent 1000 habitants au km2...
L'Europe est quant à elle entièrement dépendante de l'importation. Nous importons 77% de l'alimentation animale (compléments alimentaires compris). Nous sommes totalement dépendants de l'extérieur. L'Europe ne se nourrit plus depuis qu'elle est passée en agriculture industrielle, alors qu'à Bali ils n'ont besoin de personne, mais c'est une agriculture pour laquelle tout compte: les animaux, les arbres fruitiers dans les haies,... On ne sait pas produire aujourd'hui autant que les agricultures traditionnelles.(...)
Si on expliquait franchement aux consommateurs la réalité des choses, notamment le mode de production et la composition de ce qu'ils achètent, on n'aurait pas cette confrontation entre la nourriture de qualité et la nourriture industrielle, qui est effectivement peu chère. Mais il faut savoir que cette agriculture est très subventionnée et que c'est chacun d'entre nous qui y participons par nos impôts ...Et en plus, c'est une alimentation qui nous nourri mal. Il n'y a qu'à voir dans les pharmacies, tous les compléments alimentaires désignés sous le vocable d' « ali-caments » dans lesquels on va trouver des oligo-éléments comme le manganèse, le sélénium dont les plantes manquent...
Si nous avions une analyse moins cloisonnée des choses alors nous pourrions avoir, non seulement une meilleure santé, mais aussi un meilleur bien-être. Car quand nous sommes nourris avec des produits sains, on a une autre énergie... Mais ça on n'en parle pas!

Commentaires
Tous ces commentaires ( morceaux choisis), lorsque je les lis ici, apparaissent marqués au coin du bon sens . Faut-il aussi vouloir venir à(aux) la conférence(s) pour les entendre...et réfléchir ?
A ta question je réponds oui... Je n'ai extrait de la conférence que quelques bribes du discours évidemment, les plus "politiques" peut-être... Comme beaucoup de monde j'ai appris énormément de choses sur certaines techniques culturales et notamment le fameux "semis direct sous couvert" dont nos conférenciers semblent être les promoteurs. J'ai compris certainement mieux l'importance de l'humus et de la matière organique dans le sol ainsi que la réhabilitation de certaines terres dégradées et devenues incultivables au fil du temps. J'ai trouvé que les exemples que les conférenciers ont apportés étaient particulièrement éclairants.