Souvenirs de rentrée ...
Par JF Lugué le vendredi 28 août 2009, 19:04 - Lien permanent
Il a été dit récemment dans une
enceinte très catholique du Pays de Redon, qu'Hervé Le Bouler était un bon
prêcheur (laïc !). Je rajouterai que c'est quelqu'un qui n'a pas seulement rêvé
d'être un "artisse" , c'est aussi un excellent conteur du Pays gallo. Y bât
très bien de la goule, et quand y se met à écrire, c'est pas "trisse" non plus.
La gars Hervé trouve qu'Ekoblog est trop sérieux et parfois austère. Il a
complètement raison. C'est pour ça qu'il me donne l'occasion de l'égayer un peu
par sa prose! Allez! Bonne rentrée à tous!
gérer le quotidien , les papiers et le stress des enfants et pas le
temps de penser à soi, encore moins que d'habitude. C'était pas trop mon
temps non plus . Je me souviens le premier jour au collège, à Vannes. Je
ne connaissais personne, de plus on venait de déménager pour venir
s'installer à Saint Avé. J'étais doublement déraciné. Comme on était
pauvre, où ma mère un peu radine je ne sais plus, j'étais fringué comme
l'as de pique et je me sentais plouc vis à vis des gamins bourgeois du
centre ville. Dans la cour ça trainait avant de rentrer dans le vif du
sujet, on avait peu d'informations sur ce qui allait se passer et
d'instructions sur comment se comporter. J'étais là, dans un coin ,tous
seul, tous bête, partagé entre deux craintes; celle qu'on me parle,
surtout les grands de cinquième qui faisaient les farauds, mais aussi
qu'on m'oublie à la fin de l'appel et que je reste planté au milieu de
la cour, petit veau oublié à la fin du marché, étrange étranger que tous
le monde ignore. Et si je m'étais trompé d'école ? .
Entendre enfin son nom, même écorché et se ranger en file face à une
porte de classe, c'était déjà un progrès, au moins je faisait partie
d'un groupe.
d'identité, décliner son nom et celui de ses parents. La Bretagne des
années soixante était monogame, patrimoniale et fidèle, et les veuves ne
se remariaient pas . Alors, le monde se partageait de nouveau en deux :
ceux qui écrivaient le même nom de famille à chaque ligne et ceux qui
comme moi en écrivaient plusieurs, les orphelins,les adoptés,les tombés
du premier lit, les rapportés, les bâtards, les pas normaux, fils de
rien, traines misères et enfants de putains; ceux qui angoissaient de
devoir s'affronter comme à chaque rentrée à ce terrible mur de honte et
de torture : Profession du père ? que dire ? comment expliquer l'immense
vide ?
Mais dès l'après midi çà allait mieux, on était enfin dans le cœur de
l'affaire: apprendre, et pour commencer faire l'inventaire des
connaissance acquises, du niveau et des capacités et là j'avais ma
revanche sur les fils à vrai papa. Dès le première contrôle, je mettais
les choses au point, j'étais le meilleur, le plus savant, le plus
intelligent , le plus brillant, je serais le premier de la classe et la
messe était dite. J'aurais bien aimé qu'il y ait eu aussi là à ce moment
quelques filles pour qu'elles m'admirent et m'aiment pour cela, si
possible des premières de classe belles et intelligentes, sauf qu'aller
à l'école avec des filles ce n'était pas dans les mœurs de l'époque.
Il y avait certes des robes dans les couloirs, il s'agissait de
soutanes, et parfois dessous des trucs pas net du tout.
Sur ce point là pas besoin de circulaire au parents, ni de discours du
professeur principal. Instinct de survie et messages passés par mille
voies secrètes à chaque rentrée imprimaient dans toutes nos têtes
quelques messages simples : ne jamais aller à moins de trois à
l'infirmerie et dans certains bureaux. Le curé de Camaret, ce queutard,
c'était aussi un salaud de pédophile.
Ultime précaution :conseil maternel avisé, sagesse enfantine
instinctive, à moins que ce ne soit un souvenir cuisant de catastrophe
antérieure : repérer tout de suite où étaient les toilettes et anticiper
par précaution à chaque occasion propice, car dans ces jours
particuliers, messieurs les boyaux en profitaient toujours pour venir
semer leur zone. Comme si la vie n'était pas déjà assez compliquée comme
çà ! Enfin faut pas trop qu'on se plaigne, nous les garçons, on avait au
moins un avantage : la rentrée, on était sur que çà tombait pas en même
temps que les règles, mais de cet avantage là, on en n'avait pas
conscience."
Hervé Le Bouler (Aout 2009)