Hymne breton avant les matchs. Où est donc la polémique?
Par JF Lugué le dimanche 13 septembre 2009, 21:55 - Lien permanent
L'hymne breton (Bro gozh ma zadoù) a été joué le 9 mai dernier à l'occasion de la finale de la coupe de France de football, qui opposait 2 clubs bretons (Rennes et Guingamp). Une première... notamment pour des bagadou qui n'avaient pas dans leur répertoire ce chant méconnu pour beaucoup de bretons. Le club de Rennes a décidé de pérenniser l'initiative et de faire jouer ce chant avant chaque match. Vendredi dernier (11septembre), Ouest-France publie en page Bretagne une réaction d'un lecteur (professeur d'histoire et géographie de Redon en retraite) : "Le créateur de l'hymne breton, François Jafrennoù, a été condamné à la libération pour avoir collaboré avec le régime de Vichy et les nazis". Alan Stivell (himself please!) est appelé pour rendre une réponse : "François Jafrennoù a adapté l'hymne gallois en breton bien avant l'arrivée des nazis au pouvoir. A l'époque, l'ensemble du mouvement breton, des royalistes aux communistes, l'avait adopté."
Pour ma part, je rajouterai que je ne perçois rien dans les paroles qui soit
coupable...
Voirparoles du Bro
gozh
Rien en tout cas qui soit en rapport à la violence et à la haine présente
dans les paroles de la Marseillaise ("le sang impur qui abreuve nos
sillons"....).
Notre professeur d'histoire se trompe de combat et d'époque : que les
bretons expriment l'envie de se ré-approprier leur hymne (même avec des paroles
un peu naïves), cela me semble sain, car nous avons besoin se symboles forts
notamment les jeunes. Ces symboles doivent être dépassés évidemment et ne pas
exister pour eux mêmes, car l'enjeu primordial c'est l'amitié entre les
peuples. Mais pour cela, il faut que chaque peuple possède la conscience
d'exister et qu'on lui reconnaisse ce droit. Sans ce préalable, les valeurs de
solidarité, d'amitiés ne resteront qu'à l'état de concepts abstraits et
désincarnés. Oui, l'hymne breton peut participer avec d'autres hymnes à la
rencontre et l'échange, même si personnellement je pense qu'on devrait éviter
d'y mettre des paroles chauvines ou haineuses (comment chanter celles de la
Marseillaise? Il est grand temps de les changer!).
Je ne trouve pas très malin, l'idée de jeter l'opprobre systématiquement sur le sentiment d'appartenance au prétexte que quelques nationalistes bretons se sont fourvoyés avec les nazis il y a de cela 70 ans... Comme si le fait de chanter le Bro Gozh donnerait le risque aujourd'hui de rendre les Bretons fachos! Et pourquoi d'ailleurs focaliser exclusivement sur quelques acteurs historiques de la culture bretonne? Pourquoi n'entendons nous pas de la part de nos polémistes, le même genre d'indignation pour des personnages historiques issus des milieux culturels franco-parisiens? (Céline, Colette, Cocteau,....) qui ont eux aussi été loin d'être purs pendant la seconde guerre mondiale, c'est le moins qu'on puisse dire. Bizarrement, les manuscrits de Céline (voyage au bout de la nuit),achetés il y a quelques années à prix d'or par la bibliothèque nationale, n'ont soulevé aucune question. On n'imagine pas la même chose évidemment pour l'écrivain breton Roparz Hémon. Pourquoi une telle sélectivité dans la mémoire? Les ficelles sont malheureusement grosses et déjà très usées.
Le syndrome "Françoise Morvan" me semble malgré tout aujourd'hui bien marginal, heureusement. La polémique sur l'hymne breton, restera cantonnée à l'effet d'annonce.
Commentaires
Un hymne....des hymnes....les cultures bretonnes et M.Pinault.:un point de vue personnel sur la question
Quelle valeur accorder à l'hymne breton comme aux autres hymnes?
Un chant, de par sa musique et ses paroles peut exprimer des valeurs, des sentiments: joie, tristesse, courage,il peut raconter une histoire,etc..
Mais un hymne? C'est un chant qui représente qqch, des valeurs partagées ou une identité reconnue par une population.
la Marseillaise,si critiquée, est restée emblématique de l'émancipation des peuples, malgré des paroles plus guerrières que fraternelles.(contre la Cour d'Autriche..)
L'ode à la joie de Beetoven est devenu l'hymne européen; le poème de Schiller célèbre l'unité et la fraternité humaine;et pourtant, Hitler se l'était accaparé pour "faire passer" auprès des Allemands son idéologie raciste et meurtrière...
L'Internationale est un beau chant de fraternité et de solidarité entre les hommes; et pourtant, des dirigeants de pays qui se sont proclamés socialistes n'ont pas hésité à faire tuer leurs concitoyens tout en proclamant les valeurs de l'Internationale....
"Bro goz va ma zadou",hymne gallois a été traduit en breton par François Jaffrenou, qui a été condamné pour collaboration avec les Nazis à la fin de la guerre; mais cet hymne avait été repris dans les années 30 par tous les mouvements promotteurs de la culture et de la langue bretonne, y compris par un mouvement "les Bretons émancipés"dont le président d'honneur n'était autre que Marcel Cachin, dirigeant communiste, directeur de l'Humanité qui publiait dans le même temps l'International traduit en breton...
C'est pourquoi je suis devenu méfiant sur l'utilisation qui en est faite par les "promotteurs" de tel ou tel de ces hymnes.Accompagner des rencontres sportives de manifestations musicales ou dansées aux couleurs du terroir, très bien à condition de ne pas verser dans l'antagonisme régional qui peut à tout moment surgir surtout dans les gradins d'un stade de foot ; ne soyons pas non plus naïfs, attention aux manip déologiques et politico – commerciales:M.Pinault (stade Rennais)n'est pas un philantrope gagné au développement des cultures populaires ...mais un fidèle de Son éminence....
Sur la question des Bretons engagés dans les mouvements de défense de la langue bretonne et développant aussi une vision plus fédérale de l'organisation politique en France,Jean-Jacques Monnier dans son livre "Résistance et conscience bretonne" met en lumière l'engagement de nombre d'entre eux contre les Nazis pendant la 2ème guerre mondiale,contrairement à l'idée reçue selon laquelle ils étaient TOUS du côté des Nazis, (voir compte-rendu dans liredon.sosblog.fr)
Le drapeau breton interdit de stade à Guingamp !
Voici le communiqué de l'UDB réagissant contre la suppression du drapeau breton samedi soir au stade de Guingamp.
"Le match de coupe du monde France-Îles Féroé a été décentralisé et joué à Guingamp en Bretagne.
L’UDB remercie les initiateurs de ce choix qui permettait à la Bretagne, terre de football, d’accueillir une épreuve de dimension internationale, et aux Bretons de faire preuve une fois encore de leur esprit sportif et de leur fair-play.
Cependant, l’UDB dénonce les mesures dont ont été victimes de nombreux supporters venus soutenir l’équipe de France : les drapeaux bretons étaient confisqués aux entrées, voire dans les tribunes où les vigiles arrivaient à trois pour délester, d’une manière musclée, les porteurs de drapeaux de leur « gwenn ha du ». De nombreux personnes témoignent et ne comprennent pas.
L’UDB non plus ne comprend pas et ce d'autant moins que les supporters bretons ont toujours su montrer, en particulier lors de la finale de la Coupe, au Stade de France, le véritable visage du sport, celui de la tolérance, du respect de l'adversaire, du plaisir partagé.
Alors : pourquoi cet interdit à l’encontre de l'emblème de la Bretagne ? Le « gwenn ha du » qui figure désormais sur les plaques d'immatriculation, doit-on le rappeler, ne rentre dans aucune des catégories d'objets et de symboles dont le Code et le Règlement de la FFF interdit l'introduction sur les stades.
L’UDB attend les explications de la FFF et de l'État, coresponsables de l’organisation de ce match de coupe du monde : d'où sont venus les ordres ? du ministère de l' Intérieur ? de l'Élysée ? On sait le contentieux qui existe entre le chef de l'État et les Bretons.
Les Bretons qui respectent les symboles de la République, attendent en retour le respect de leurs propres symboles. L’UDB soutient les supporters qui protestent contre la confiscation arbitraire de leur « gwenn ha du », véritable acte de discrimination."
Pour l’Union démocratique bretonne,
La porte-parole Mona Bras
Je propose sur un mode plus léger de chanter"l'Internationale" en breton (traduit par Charles Rolland dans les années 1920).; et pour s'entraîner, je viens de trouver sur internet un enregistrement dont voici le lien:
http://www.wat.tv/audio/internation...
Très beau chant bien chanté dans une belle langue par une belle voix féminine bien déterminée ...que du plaisir!!
Je l'ai inséré aussi dans mon blog (liredon) à l'article "Internationale"avec les paroles en français...
Kenavo...