Ultimatum climatique : un appel pour sauver le climat
Par JF Lugué le dimanche 13 septembre 2009, 19:42 - Lien permanent

A moins de 100 jours, du sommet de Copenhague, un collectif d'associations
(Greenpeace, Caritas international, ....) lancent un vibrant appel aux
gouvervants du monde pour sauver le climat et engager des résolutions à la
hauteur du défi climatique annoncé. Sans pression populaire forte il n'y aura
pas d'engagements sérieux, les lobbys industriels agiront pour limiter au
maximum les contraintes.
signer l'appel de Copenhague
texte de l'appel
Monsieur le Président,
Au mois de décembre de cette année se tiendra à Copenhague le Sommet de l’ONU
sur le climat. Confrontés au péril climatique, les dirigeants du monde entier
devront parvenir à surmonter leurs divergences d’intérêts de court terme pour
se rassembler autour d’un projet politique mondial fondé sur un constat
scientifique objectif et ainsi donner une suite au protocole de Kyoto qui soit
à la hauteur des enjeux que nous allons devoir tous ensemble affronter dans les
décennies à venir. Le résultat de cette conférence dessinera l’avenir
climatique de l’humanité. Or comme le rappelait il y a un an le secrétaire
général des Nations Unies Ban Ki-Moon, « nous sommes au bord d’une catastrophe
si nous n’agissons pas ».
Acteurs reconnus de la protection de l’environnement, des droits humains et de
la solidarité internationale, conscients des responsabilités qui sont les
nôtres, nous avons décidé pour la première fois de parler d’une seule voix pour
vous exprimer publiquement notre préoccupation et vous appeler à agir avec
ambition et détermination lors de la Conférence de Copenhague. Au regard de
l’ultimatum climatique auquel l’humanité est confrontée aujourd’hui, Monsieur
le Président, vous aurez rendez-vous avec l’Histoire en décembre 2009.
Le réchauffement du système climatique est sans équivoque. L’activité humaine
en est la cause. Ses impacts se font déjà ressentir en différents points du
globe, notamment par la multiplication des catastrophes climatiques. Si nous
n’agissons pas maintenant, ils seront sans aucun doute encore plus
dévastateurs. C’est le constat sans appel de 2 500 scientifiques du monde
entier qui ont reçu collectivement le Prix Nobel de la Paix en 2007 pour leurs
travaux sur le phénomène des changements climatiques. Depuis, de nouveaux
éléments scientifiques montrent, chaque jour, que le climat se dérègle au-delà
des prévisions les plus pessimistes, avec des conséquences bien plus précoces
que prévues et d’ores et déjà visibles.
S’il est encore difficile d’évaluer avec précision l’amplitude des impacts, le
danger est en revanche déjà certain. Ecosystèmes ravagés, variabilité
climatique extrême, hausse du niveau des océans… : les premières victimes de
ces catastrophes en chaîne sont les populations déjà vulnérables en Afrique
subsaharienne, en Asie centrale, du Sud Est ou dans de nombreux pays
insulaires. La sécurité alimentaire, l’accès à l’eau ou à la terre sont
gravement menacés et des centaines de millions de personnes risquent d’être
poussées à l’exode, grossissant les rangs de ceux que l’on nomme les « réfugiés
climatiques ». Dans un monde de crises, nous craignons que la guerre,
l’autoritarisme, les inégalités, la misère et la souffrance humaine
prennent encore un peu plus le pas sur la paix, la dignité humaine et la
démocratie.
L’urgence climatique nous commande donc d’agir à la hauteur des périls qui sont
devant nous. Nous maîtrisons déjà la plupart des technologies nécessaires pour
relever le défi d’un mode de développement qui intègrerait à sa juste mesure
l’impératif climatique. De plus, cette rupture avec un modèle de développement
hérité d’un passé révolu recèle des opportunités d’économies, d’emplois et
d’innovations considérables. Encore faut-il que nous prenions la décision
politique de le faire.
Tout d’abord, il faut impérativement parvenir à stopper la croissance des
émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2015 avant de les faire
décroitre. C’est la seule voie pour limiter le réchauffement des températures
bien en-dessous de 2°C, seuil au-delà duquel la capacité à s’adapter de nos
sociétés et des écosystèmes est menacée. Pour ce faire, Les pays
industrialisés, dont la France, doivent s’engager collectivement à réduire
leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% d’ici à 2020 par rapport
à 1990.
Mais cela ne sera pas suffisant. Les pays en développement doivent, eux aussi,
mettre en place les politiques industrielles, énergétiques et agricoles qui
limiteront la croissance de leurs émissions avant de les réduire, sans
compromettre leur légitime aspiration au développement économique et social.
L’accord de Copenhague devra permettre à ces pays d’évoluer vers des modèles
sobres en carbone. Il devra aussi leur permettre de s’adapter aux conséquences
inévitables du changement climatique.
Pour nombre d’entre eux, en particulier les plus vulnérables, ces actions ne
pourront se faire sans le soutien financier et technique des pays
industrialisés. Les besoins d’ici à 2020 sont évalués à plus de 100 milliards
d’euros par an. C’est moins de 10% des dépenses militaires mondiales.
Responsables de la majorité des émissions de gaz à effet de serre aujourd’hui
dans l’atmosphère, munis de capacités d’action plus fortes, les pays
industrialisés portent la responsabilité morale, légale et économique de mener
le combat contre le dérèglement du climat. Monsieur le Président, vous vous
devez de prendre la tête de ce combat qui est sans aucun doute l’enjeu de ce
siècle. Notre avenir commun dépendra dans deux cents jours des choix politiques
qui seront faits.
Serge Orru, WWF-France
Pascal Husting, Greenpeace France
François Danel, Action contre la Faim
Olivier Braunsteffer, Care France
Souhayr Belhassen, FIDH
Nicolas Hulot, Fondation Nicolas Hulot
Anne Bringault, Les amis de la terre
Michel Bruguière, Médecins du Monde
Luc Lamprière, Oxfam France Agir Ici
Sandrine Mathy, Réseau Action Climat
Michel Roy, Secours Catholique