Copenhague: la réaction du janzéen Jean Jouzel
Par JF Lugué le dimanche 20 décembre 2009, 15:14 - Lien permanent
interwiew de Jean Jouzel dans le journal du dimanche de ce jour:

Un réchauffement de 3 °C par rapport à la période préindustrielle: c’est, selon une note confidentielle de l’ONU révélée dans la nuit de jeudi à vendredi, ce que devraient produire les engagements qui restaient posés sur la table à Copenhague, vendredi soir à l’heure de la clôture officielle du sommet. Les Etats avaient pourtant tous reconnu la nécessité absolue de limiter cette hausse à 2 °C afin d’éviter le chaos. La réaction de Jean Jouzel, glaciologue, vice-président du Giec.
Dix jours de réunion à Copenhague, 120 chefs d’Etat
déplacés, et la planète va quand même se réchauffer de 3 °C?
Quand, comme le disent les chefs d’Etat qui sont officiellement d’accord sur le
sujet, on veut maintenir le réchauffement en deçà de 2 °C, il faut s’imposer
des objectifs très contraignants pour 2020. D’un point de vue scientifique,
l’un ne va pas sans l’autre et il est clair que nous n’allons pas dans ce sens
ici. C’est le grand hiatus de cette conférence.
Mais quelles seront les conséquences de cette
surchauffe?
Nous allons accomplir, en moins d’un siècle, le chemin que notre planète a mis
des milliers d’années à parcourir. En France, les véritables difficultés
commenceront dans cinquante ou cent ans. A partir de 2050, un été comme celui
de la canicule en 2003 deviendra l’été moyen. Toute la végétation souffrira. Il
y aura plus de précipitations au nord de l’Europe, avec de nombreuses
inondations, et moins dans le Sud, ce qui posera des problèmes
d’approvisionnement en eau pour l’agriculture. Pour le reste de la planète, ce
seront des cyclones plus intenses dans les Caraïbes, des îles disparues, des
millions de personnes déplacées.
C’est un scénario catastrophe?
Pour le moment, oui. Au mieux des propositions avancées par les pays au moment
où je vous parle, nous sommes vraiment loin du compte. Les pays en
développement ont rempli leur contrat pendant cette conférence. Même la Chine,
qui a accepté d’infléchir ses émissions par rapport à sa courbe de PIB. Pour
nous, scientifiques, ce sont les Etats-Unis qui bloquent. Ils sont deux fois en
cause, parce qu’ils ne souhaitent pas un accord contraignant et parce qu’ils ne
portent pas de réelles ambitions après huit années, il est vrai, désastreuses
sous l’ère Bush.
Cela veut-il dire que nos hommes politiques n’ont
pas été à la hauteur?
Il y a tout de même un point positif: les sceptiques n’ont pas réussi à se
faire entendre, et les politiques se sont appuyés sur les réflexions des
scientifiques. Mais l’enjeu de cette conférence était d’élargir la réflexion.
Il s’agissait de repenser la manière dont notre monde se développe. N’oublions
pas que, pour avoir de bonnes chances de coller à l’objectif de 2 °C, nous
devons collectivement diviser nos émissions de carbone par trois d’ici à 2050.
Cela implique qu’il fallait imaginer un monde différent et cela n’a pas été
évoqué. Certains ont le logiciel pour le faire. Obama en est capable, mais,
hélas – et l’on voit bien la pression qu’il exerce ici –, pas le Congrès
américain.